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 [Automne-Hiver 4601] Voyage

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[Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Ven 28 Oct - 16:42


Dernière édition par Eilífthar Heftharkona le Sam 11 Fév - 19:32, édité 1 fois


Les six écuyers en selle se trouvaient juste derrière leur Noble seigneur lors que les invités repartirent. À coté d'Alrick chevauchait Hérène la Vaillante. En temps normal, les écuyers de celle-ci se seraient mêlés à ceux de son compagnon mais la seigneuresse n'en avait pas encore, dû à son jeune âge. Deux cents ans, il s'agissait de l'âge auquel les écuyers quittaient leur maître, et à cet âge Hérène avait déjà hérité de sa seigneurie. Suivaient encore derrière ainsi que guidaient devant les chevaliers que les deux seigneurs avaient amené avec eux. Ces derniers encadraient d'autres chevaux, des roncins, portant les bagages de la troupe. Lorsque tout le monde fut prêt, la colonne démarra à un rythme tranquille. Nilahiah n'eut rien à faire, les chevaux parfaitement habituée à ce système s'étaient mis au pas d'eux-même et avançaient en se suivant les uns les autres, conservant leur place qui leur avait attribuée. En l’occurrence, Kasperaton avait placé l'ange entre lui et Pjetur dans une volonté pratique. Tandis que des conversation s'engageaient entre les chevaliers derrières et les deux seigneurs devant, le Pieux héritier ranima le discussion qu'ils avaient commencé auparavant :

« Racontez-nous donc, dame angélique, d'où venez-vous donc ? Nous nous sommes des écuyers, fils de seigneur, nos histoire doivent, sans doute, toutes se ressembler pour une personne qui va de si loin, telle que. Faîtes-nous donc rêver ? »

Cette question semblait en intéresser plus d'un ; Pjetur devisageait lui-aussi Nilahiah avec curiosité. Mêmes quelques chevaliers plus à l'arrière paraissaient tendre leur oreilles pour entendre le discours. Cette question était même si intrigante qu'un autre destrier se rapprocha de celui de Kasperaton tandis qu'une voix féminine déclarait :

« Je dois avouer être moi-même curieuse de savoir qu'elle peut être votre histoire. Rares sont les anges à être devenus chevaliers à travers le temps. À ma connaissance, seuls trois grandes familles peuvent se vanter d'avoir un véritable ange parmi leurs ancêtres. »

Il s'agissait de Ísrún, l'héritière Fidèle, la deuxième écuyer d'Alrick qui venait là de renforcer la demande de Kasperaton. De plus Nilahiah allait avoir largement le temps de parler son histoire car la première grande halte n'allait arriver que dans une semaine, au bord d'un fleuve, dans un château sombre et angoissant. D'ici là, la troupe se reposerait dans de petits châteaux appartenant à des chevaliers moins importants, tout le long du chemin. L'Ange avait donc largement le temps nécessaire pour raconter sa vie.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Jeu 10 Nov - 19:03


Se mettre en selle n’avait pas été le plus compliqué. J’avais progressivement repris mes marques en m’approchant du palefroi bai qui m’avait été prêté par le Seigneur Humble. Sa robe luisait sous le soleil matinal de l’automne. La route serait longue et j’allais partager de nombreuses heures avec ce compagnon. Heureusement, il était tout comme me l’avait décrit Pjetur : docile et agréable. C’était de loin le meilleur choix à faire puisque la jument blanche de mon ami et écuyer semblait avoir quelques réticences à mon égard. C’était un animal à la robe immaculée et brillante, bien plus haut que ma monture et surtout, d’une carrure impressionnante. Une fois en selle, Pjetur dominait de sa hauteur tous ceux qui passaient à ses côtés. D’ailleurs, il avait l’air bien plus confiant perché sur son destrier. Pour ma part, je laissai ma main se perdre dans les crins du palefroi. Sa robe rousse et ses crins d’une intense ébène étaient parfaitement entretenus. C’était une jument bien moins imposante que celle des autres écuyers, mais je songeai qu’elle conviendrait parfaitement à ma remise en selle, pourvu qu’elle me ramène en un seul morceau jusqu’à la demeure Noble.

Justement, notre Seigneur chevauchait aux côtés d’Hérène la Vaillante. Je remarquai alors que nous étions les seuls écuyers de la compagnie. Je trouvai cela curieux, et me promis d’en interroger Kasperaton sur les causes de ce fait étrange. Lorsque le départ fut donné, ma monture suivit d’un pas tranquille le mouvement de la colonne. Observant Pjetur demeuré à mes côtés, je fis comme lui et m’emparai des rênes à sa manière, ni trop courtes, ni trop longues. Kasperaton se trouvait de l’autre côté, achevant de m’encadrer. Il observait une attitude silencieuse en ce retour. Bien trop silencieuse pour être rassurante. Le voilà d’ailleurs qui m’interrogea sur la raison de ma venue. Je laissai mes cheveux masquer mes joues rougissantes. Non, il ne fallait pas me demander cela. Pas maintenant. Aucune échappatoire ne s’offrait à moi et, de toute façon, il aurait bien fallu leur expliquer mon histoire un jour ou l’autre. Alors que les yeux perçants de Kasperaton se posaient sur moi, je sentis également Pjetur me dévisager. Et Ísrún Fidèle rejoignit notre groupe, appuyant la question du Pieux héritier et m’enfonçant encore davantage dans les abîmes.

Le silence que j’allais observer ne pouvait être trop long sans alarmer mes camarades. Toutefois, je ne trouvais pas le courage d’affronter les mots, c’était encore trop tôt et trop frais pour que je puisse passer outre le souvenir. Mon passé dictait encore trop ma main et mon cœur pour que je puisse leur livrer mes sentiments. Mais encore une fois, le silence ne pouvait être indéfini. C’est pourquoi je le rompis presque machinalement, les yeux perdus sur la silhouette du Seigneur Noble, au-devant de nous.


« J’imagine que beaucoup de questions à mon sujet vont naître ces prochains jours, et que les réponses que je n’apporterai pas engendreront de multiples rumeurs. »


Ma voix était auparavant teintée d’une certaine tristesse, monocorde. Mais je parvins à sortir de ma torpeur et regardai tour à tour les trois écuyers avant de poursuivre d’une voix bien plus joyeuse :


« C’est pour cette raison que je vais tuer ces rumeurs avant même qu’elles n’aient pu voir le jour ! Cependant, il se pourrait que ce que je vais vous décrire soit bien au-delà de votre imagination. »


Voilà, tout était lancé. Les premiers mots affluèrent de ma bouche sans trop que j’y réfléchisse. J’ajoutais au fond du récit quelques enluminures, je brodais des descriptions pour éviter d’aborder l’essentiel. Avant toute chose, je devais les faire rêver, comme me l’avait demandé Kasperaton. J’allais les emmener avec moi vers la magnificence des Anges.


« J’ai grandi sous le Dôme, à Hvolthak , au sein de la Prime Noblesse. Les Anges ne quittent pas le Dôme et tout y est somptuosité et majesté. J’y ai étudié Aton, loué soit-il, pendant de nombreuses années. Sous le Dôme, tout est gloire d’Aton et pureté. Comment vous décrire l’architecture ? Ce n’est qu’élévation et splendeur ! Les tours sont faites d’or et de verre. Certains bâtiments émergeant directement de la magie de la Lumière. »


Là, je me laissai aller à un sourire, la mémoire ramenant à moi une image à la fois belle et naïve


« Je me rappelle un pont entre deux tours célestes où j’allais souvent. Il était fait de magie et l’on pouvait voir au travers les Anges qui survolaient la voie. C’était comme de voir des étoiles s’envoler sous nos pas… »


Je marquai un silence avant de reprendre.


« J’ai donc beaucoup étudié. Mais j’ai aussi beaucoup trop profité du temps présent et des amusements que présente le Dôme. Aton m’a alors mise à l’épreuve devant mon orgueil. Je devais mériter ma place en tant qu’Ange. Une série de circonstances m’ont menée jusqu’à Hvolthak où je m’arrêtai au sommer d’une tour pour y trouver du repos avant de regagner ma demeure. C’est alors qu’un Haut-Elfe m’apporta son aide. Dans ce geste, je vis la bonté d’Aton et sa Lumière. Je compris la mission qui m’avait été donnée par notre dieu, à savoir : apporter mon aide aux autres. J’ai alors dédié mon temps au Bien. Et je… »


Je m’interrompis à cet instant. J’avais déjà omis de nombreux éléments de mon existence. Nous chevauchions depuis un bon moment. Je n’avais pas tari d’éloge sur l’architecture angélique et la puissance du Dôme. J’avais tu l’orgueil si fort des autres Anges. J’avais tu le prêtre dédaigneux du pauvre et du divergent. J’avais tu les larmes et le désespoir. Non, ces Hauts-Elfes étaient persuadés que les Anges n’avaient d’autre qualificatif que la perfection. Poursuivre serait plus difficile. Mais il le fallait. Mentir, pour me protéger.


« … j’ai voulu dédier ma vie à Aton et aux plus démunis. Je... je voulais aller encore plus loin dans ma démarche. Face à ma décision et en accord avec le Synode, j’ai … fait le choix de quitter la Prime Noblesse angélique et de vivre parmi les Chevaliers. Je désire servir le Synode et la Vie. C’est la raison qui m’a menée ici, parmi vous. »


J’avais le sentiment d’une grande fatigue, comme si j’avais vécu à nouveau, lors de cet échange, chaque souvenir évoqué. Mon regard se perdit de nouveau. J’avais réussi à ne pas trop en dire sur la véritable raison de ma venue, sur ma déchéance et mon exil. Il fallait désormais clore la conversation. J'expirai profondément, relâchant mes muscles et par la même occasion mes ailes, sans pour autant gêner mes compagnons de route. J’allais interroger Ísrún sur les trois grandes familles héritières des Anges dont elle avait parlé, mais mon palefroi fit un écart, me déséquilibrant sans pour autant me désarçonner. Me tournant vers Pjetur, inquiète, je lui demandai :


« Qu'a-t-elle ? »

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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Dim 13 Nov - 12:09

Ainsi l'ange commença son histoire. L'exorde qu'elle utilisa lui revendiquait un moyen de briser les rumeurs avant qu'elles naissent. Cette précaution fit naître un sourire sur les lettres de Kasperaton, habitué des cours, mais teinta de compassion le doux visage d'Ísrún. Ses longues descriptions du Dôme brillaient de richesse et d'élégance, telle que personne n'en avait jamais vu. Imaginer des centaines d'êtres volant sous les voûtes hautes était un véritable exercice pour ces elfes qui n'avaient vu, au mieux, que trois ou quatre anges dans toute leur vie. Et de la même manière, rares étaient les édifices de lumière. À part au Dôme, on en trouvait vraiment qu'en Bylurinn, étant donné que la maîtrise de la magie de Lumière à telles niveaux et la capacité à leur donner une telle rémanence n'étaient l'apanage que de quelques uns. Le récit initiatique fut aussi très inspirant pour les religieux religieux d'entre eux. Ces pieux pouvaient en effet percevoir la vérité d'Aton, loué soit-il …

« Loué soit-il. »

… derrière cette explication. Les puissants devaient prendre soin des faibles et les protéger et, en échange, les faibles les aidaient du mieux qu'ils pouvaient, en cultivant les terres par exemple. Il s'agissait d'un mensonge pour Nilahiah mais d'une réalité pour les hauts elfes qui l'accompagnaient. Les anges étaient les êtres les plus parfaits et, s'il ne l'étaient pas totalement, c'est car Aton accueillaient en lui ceux qui étaient les plus proches de le devenir. L'histoire finie, personne n'avait encore recommencé à la parler. Tous étaient encore dans leurs pensées, tentant d'imaginer toutes les merveilles qui avaient été décrites, tous ces prodiges qu'ils ne verraient sans doute jamais. Personne ne remarqua vraiment lorsque son palefroi fit un écart mais la question qu'elle posa ensuite posa un grand trouble. Pjetur se mit à rougir de la tête au pieds, tandis que les regard d'Ísrún. Le jeune haut elfe enchaîna alors en bégayant :

« Comment je... Je ne sais pas... Je... je ne sais pas parler aux chevaux. »

La suite aurait pu devenir très complexe à gérer, avec le regard inquisiteur de la Fidèle derrière eux, si, prompt et céleste, le Pieux héritier n'avait pas changé de sujet en désignant un détail du paysage devant, éclairé par la lumière de l'aube, en disant :

« Ne serait-ce pas le lieu où nous allons dormir ce soir ? Je crois bien que ce n'est pas aujourd'hui que de la paille nous servira de matelas. »

De fait, le château, bien que de taille plus modeste que le château Humble qu'ils venaient de quitter, était cependant d'assez bonne stature. Après avoir laissé leurs chevaux dans une écurie qui peina à les accueillir tous, ils purent voir l'intérieur qui était au moins aussi riche que celui d'Humble, bien que plus petit. D'après ce que lui chuchota Kasperaton, il devait s'agir de la demeure d'un riche chevalier, vassal des Humbles. Sa richesse provenait des nombreux échanges qui s'opéraient par cette endroit. Les Terres Humbles étaient en effet le lien de passage le plus simple et le plus rapide pour arriver dans les AthalsLandith depuis Hvolthak. Le repas fut agréable, l'honneur était grand de recevoir deux seigneurs en même temps, aussi les cuisiniers se permirent de rajouter des épices, des denrées rares originaires d'un commerce avec Almetia. Pas un fois, Pjetur ne lui adressa la parole ; il évitait son regard. Après ce festin, un serviteur vint les voir afin de leur indiquer les lieux où ils dormiraient. Un petite chambre fut offerte à Nilahiah et le serviteur mena les écuyers vers d'autres chambres sans qu'elle en sache beaucoup plus à leur propos. Nilahiah n'en avait sans doute pas conscience mais le petit miroir posé sur un mur, qu'éclairait l'unique chandelle qu'on lui avait donné, étaient en vérité un très grand luxe. Les miroirs sont fait d'argent massif aussi qu'il était difficile et coûteux de les construire. Cependant, depuis toujours habituée à la forte présence d'argent et d'or dans le Dôme, il aurait été difficile pour celle qi n'avait jamais vraiment vu son pays de réaliser ce que cette richesse signifiait vraiment.


Une voix déjà entendue la réveilla le lendemain matin, celle d'Ísrún qui l'invitait à descendre manger. Les mets proposés étaient aussi communs que ceux du grands château Humble. La différence cette fois fut Nilahiah arriva en dernière. La voyant entrer dans la seule en premier, Kasperaton se dirigea vers elle et, tandis que la deuxième écuyer s'éloignait d'eux pour rejoindre le premier et la troisième, le pieux lui discrètement :

« Pjetur s'excuse pour hier. Il veut simplement éviter que les autres sache pour sa capacité à parler avec les chevaux. Il te fait transmettre que ta jument va bien, elle était juste fatiguée par le voyage, elle-aussi. »

Puis aussi rapidement qu'il est venu, il partit par la porte que l'ange venait d'emprunter, lui laissant au passage :

« Je suis désolée, je vais me préparer. Je te dis donc à tout à l'heure. »

De nouveau seule dans la grande salle, Nilahiah avait deux choix : ou faire comme Kasperaton et manger un morceau rapidement avant d'aller se préparer pour le départ, ou peut-être tenter de parler au reste des écuyers encore présents, c'est-à-dire Elínór Honorable, Ísrún Fidèle et Ariadna Prudente qui se trouvaient dans un coin de la salle.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Jeu 17 Nov - 17:32


J’étais encore en proie à la surprise et la panique sous l’effet de l’écart de ma monture. Si je m’étais tournée vers Pjetur, ce n’était pas plus pour son don que pour sa connaissance de l’animal. Si mon palefroi était dissipé, j’estimais que le plus apte à m’en fournir les explications était cet écuyer qui passait du temps auprès des équidés. C’était donc avec une certaine innocence que j’avais posé ma question, mais cela ne sembla pas convenir aux différents cavaliers. Pjetur, premier intéressé, se mit à rougir avec une grande intensité, comme s’il venait de courir depuis le Dôme et nous rejoindre. Ísrún observait Pjetur comme si elle essayait de lire en lui. Je l’apercevais du coin de l’œil, et j’eus de la pitié envers mon ami. Mais pourquoi parlait-il donc de son don, s’il voulait le garder secret ? Je cherchais une manière ou une autre de lui apporter mon soutien, mais ce fut le Pieux héritier, une fois de plus, qui nous sortit tous de ce mauvais pas.

Le château qu’il désignait était de taille appréciable pour une compagnie telle que la leur. Il fallut alors descendre de cheval, laisser son palefroi aux bons soins des palefreniers, et rejoindre la grande salle à manger. D’après les indications de Kasperaton, qui se faisait manifestement une joie de m’initier aux seigneurs de ce monde, le riche chevalier qui nous accueillait avait fait sa fortune par un placement stratégique de sa demeure. Lors du repas, Pjetur fit tout pour éviter le moindre contact avec moi. Même si les plats étaient épicés à souhait, rien n’y fit, je ne pourrais pas savourer ce dîner si mon ami se détournait de moi de cette manière. Il semblait blessé, et j’avais du mal à en saisir les raisons. Lorsque je fus conduite jusqu’à ma chambre, je me sentis étonnement fatiguée.
A la fois soulagée de ne pas avoir à affronter le silence borné de Pjetur et ravie d’un peu de solitude retrouvée, je m’assis sur le lit. En face de moi, se trouvait un petit miroir. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pu voir mon reflet, le nombre de fois devait se compter sur les doigts d’une main depuis que j’avais quitté le Dôme. La chevauchée avait couvert mon visage de poussière, mais je gardais la même douceur angélique, d’une rare beauté, comme le murmuraient les Hauts-Elfes à notre propos. Après avoir pris le soin de rincer la peau pure de mon visage, je fermai les yeux et m’endormis, le cœur encore lourd et tourmenté de l’attitude de Pjetur.

***

Au petit matin, la douce voix d’Ísrún m’éveilla et j’eus le sentiment d’être encore dans la demeure Humble. Ce furent les courbatures liées à la chevauchée qui me ramenèrent au tempx réel. La douleur piquait mes cuisses, mes fesses, mon dos et même mes mollets. Je la suivis jusqu’à la salle où était servi le déjeuner. Kasperaton s’avança vers moi et j’eus le sentiment qu’une série de reproches allait tomber. Après tout, si Pjetur agissait ainsi, ce devait être par ma faute. Que c’était compliqué d’être un Ange parmi ces Hauts-Elfes ! Cependant, j’étais un Ange. Et eux des Hauts-Elfes. C’était bien là que se trouvait la simplicité de la situation. Kasperaton m’informa que Pjetur s’excusait pour son attitude de la veille. Je ne pus retenir mon étonnement et ouvrir de grands yeux. Puis il s’éclipsa sans que j’aie le temps de l’interroger, parti si rapidement que je me demandai si je n’avais pas rêvé cette conversation si éphémère. Je pris soin de remplir mon assiette, le cœur léger de cette annonce. Pjetur ne m’en voulait pas. Dans un coin de la salle, Elínór Honorable, Ísrún Fidèle et Ariadna Prudente étaient en discussion. Ils semblaient former un trio assez fermé et j’hésitai quelques temps avant de me diriger vers eux.


«  Bon matin, compagnons. »


Je tentai de déchiffrer leurs expressions. Les yeux de l’Honorable perçaient à travers ses cheveux d’ébène, glacials. Ils refroidirent la candeur qui m’animait jusqu’à présent. Je me demandai comment Alrick le Noble avait pu choisir un tel écuyer à sa suite, repensant à tout ce qui m’avait été dit de lui. De la Prudente, je ne parvenais pas à capter l’expression, mais il ne s’agissait pas d’abandonner maintenant que je me trouvais devant eux.


« Dis-moi, Ariadna, le Seigneur Valeyn le Prudent qui était présent à la cérémonie est un parent, n'est-ce pas ? Puis-je te demander à quel degré ? Je ne voudrais pas sembler indiscrète, mais je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer vos traits similaires. »


Je te demanderais bien, également, pourquoi il ne t’a pas prise comme écuyère. Sans doute, les familles Hautes-Elfiques n’ont pas le droit de prendre comme écuyer leurs descendances ou cousins. Ces cheveux blonds, d’une longueur étonnante, étaient identiques à ceux du seigneur Valeyn. Les yeux bleus, légèrement en amande, rappelaient également ceux du Prudent seigneur. Leur parenté devait être proche et cela attisait ma curiosité.

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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Dim 27 Nov - 21:00

L'arrivée de l'ange parut surprendre chacun des trois elfes qui discutait jusqu'alors. Immédiatement toute conversation mourut à leurs lèvres. Si l'héritier Honorable afficha clairement son incrédulité, la Prudente se cacha immédiatement derrière un sourire parfait amical qui ne montait pas jusqu'à ses yeux. Ísrún fut la seule à témoigner un véritable et chaleureux encouragement à Nilahiah qui tentait de s'intégrer. Assez vite l'expression du premier écuyer changea vers quelque chose de plus froid, de plus distant, encore qu'on puisse parfaitement ressentir les vibrations de sa passion au travers des ses yeux, comme de houleuses vagues bleus animant la mer de ses terres natales. Durant un moment, il y eut un silence, personne n'osant vraiment parler. Ce fut a dernière arrivée qui dut s'exprimer en première et malheureusement sa question sembla être un peu indélicate. Ariadna ne changea pas d'expression certes, mais même la fille Fidèle fronça alors les sourcils dans un air étrangement. Elínór explosa alors d'une voix agressive, bien qu'on puisse encore sentir les derniers échos d'une maîtrise qui lui permettaient néanmoins de garder une certaine contenance et d'attirer l'attention de toute la salle vers eux :

« Seriez-vous en train de tenter de nous insulter ?! »

Immédiatement Ísrún sentant la perspectives de dangereux problèmes, voulut tempérer avec son habituelle douceur avec quelques paroles modératrices, porteuses de compréhension :

« Mais non, Elínór, tu sais qu'elle ne vient pas d'ici, qu'elle n'est pas tout-à-fait au courant de nos coutumes et des habitudes des AthalsLandith.
-En effet. C'est une étrangère. »


La voix froide, tombée comme couperet, était celle d'Ariadna. l'écuyer dévisageait désormais Nilahiah comme si elle calculait encore l'intérêt qu'elle devait lui offrir. Malgré l'affront qui semblait lui avoir été fait, elle continua cependant, conciliante :

« Comme vous ne connaissez pas cette terre, je vais vous enseigner cela. Par tradition, les héritiers à un seigneurie sont écuyers au service d'un autre seigneur. De cette façon, ils peuvent ainsi voir les devoirs d'un seigneur, ce qui leur sera utile lorsqu'ils hériteront à leur tour. Je suis donc bien l'héritière de la seigneurie Prudente, de même que chacun des autres écuyers du seigneur Noble, excepté vous, est l'héritier de la seigneurie dont il porte le nom. Par conséquent, je suis effectivement la fille du seigneur Prudent. Sur ces mots qui vous auront été utile j'espère, je dois me retirer pour me préparer. »

Ariadna déposa alors le plat qu'elle tenait, dans lequel il restait encore quelques aliments, et partit, suivie de près par le premier héritier qui n'adressa qu'un signe de tête à Nilahiah, le minimum de la politesse exigé par les conventions. Ísrún le suivit aussi quelques pas après, en adressant d'humbles excuses à son interlocutrice :

« Désolée, nous nous verrons lorsque nous partirons, dans une demi-heure. »

La dernière écuyer d'Alrick le Noble se retrouva seule dans la salle, entourée d'inconnus qui parlaient entre eux, autres membres de la suite que traînaient derrière eux les deux seigneurs rentrant chez eux. »

***
[HRP : Alors, sur ces mots, j'ai un choix à te proposer. Désormais, normalement tout va se dérouler sans encombre durant un moment. Vous allez loger dans de petits châteaux, bruncher le matin et dîner le soir tôt dans un nouveau château.
-Soit tu as une idée précise pour briser cette monotonie et dans ce cas tu l'appliques en avançant à l'heure et le jour que tu veux.
-Soit on avance le temps d'une semaine où j'ai prévu quelque chose.
Voilà, réponds-moi par MP.]


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Lun 19 Déc - 21:50


De toute évidence, l’Honorable ne voulait rien avoir à voir avec moi. Etaient-ce mes ailes et ce qu’elles représentaient qui rendaient son regard aussi froid, ou bien simplement ma personne ? Peut-être que je n’aurais pas dû venir les interrompre. Je commençais déjà à regretter mon intervention. Il était trop tard. Je portai de nouveau mon regard sur le descendant des Honorables, ses iris ondoyants d’un bleu si pur qu’ils en étaient glacial. Je sentis un courant d’air frais amener un frisson qui me remonta le long de l’échine. Ísrún fronçait les sourcils, cela ne présageait rien de bon. La voix pleine de rage d’Elínór explosa et je me retins de sursauter. Une insulte ? Il n’avait jamais été question d’insulter qui que ce soit. Je les considérais désormais comme étant mes camarades et je souhaitais tout un tas de choses, mais certainement pas de m’en faire des ennemis en les insultant. Ísrún se fit mon défenseur, de sa voix empathique. Cela ne sembla pas leur suffire. « C’est une étrangère. » Les mots tombèrent, secs et durs, comme la pierre qui m’emporterait vers le fond. Je sentis un tas d’émotions s’emparer de moi. Les regards accusateurs des anges se reflétaient dans les yeux de l’Honorable, les paroles d’exil résonnaient dans les mots de la Prudente. Un froid immense me déchira l’abdomen. Ou bien était-ce mon cœur ?

J’écoutai malgré tout Ariadna qui me donnait les explications attendues. Son ton demeurait cassant, et elle marquait bien par ses propos à quel point j’étais différente d’eux. Je ne leur ressemblerais jamais. Une fois qu’ils eurent tourné les talons, je laissai mes ailes retomber légèrement, mes épaules s’abaissant, sous la pression qui s’était abattue sur moi. Ces deux-là ne devraient jamais savoir qu’ils venaient de rouvrir la plaie la plus sanglante de mon âme. Me trouvant seule, j’étais partagée entre le soulagement de la fin de cet entretien douloureux et la profonde tristesse. Je bus un peu et laissai là toute nourriture. L’appétit m’avait quitté et il fallait nous mettre en route.

***

Plusieurs jours se sont écoulés depuis cet incident, une semaine précisément. Les nuits passées dans les châteaux de nos hôtes se ressemblaient toutes. Tristement, le soir, je travaillais mon sort de création. Je concevais de petits objets éphémères, dont la Lumière me réconfortait dans ces pesantes et froides chambres de pierre. Les chevauchées me permettaient davantage d’aérer mon esprit tourmenté. Je me sentais de plus en plus à l’aise sur ma monture, et les conseils de Pjetur m’étaient précieux. J’avais scrupuleusement fait attention à ne pas réexposer son don aux yeux des autres écuyers. Je ne lui avais pas parlé de la discussion houleuse que j’avais eue avec Ariadna et Elínór. Raviver la douleur n’aurait servi à rien, et je préférais enterrer ces paroles qui obscurcissaient mon esprit de jour en jour. Je faisais en sorte de les rencontrer le moins possible. Mais parfois, il arrivait encore que je croise le regard d’acier d’Elínór. Il semblait transpercer mon cœur à chaque fois.

L’automne avait progressivement laissé place à un froid plus intense. Chaque jour était un peu plus frais. Par endroits, l’humidité était telle que les sabots des chevaux enfonçaient dans la boue des chemins rarement pavés. Ce jour-là, je chevauchais aux côtés de Pjetur et de Kasperaton. Je leur décrivais ma hâte de retrouver les beaux jours sous la lumière chaude du soleil, lorsque le convoi s’arrêta. Je me tournai vers mes deux camarades, l’air surpris.


« Serions-nous déjà arrivés à destination ? »
[HRP : encore désolée pour le temps et la qualité de réponse... je te laisse poursuivre avec ton idée ! Le convoi peut s'être arrêté en rapport avec ce que tu as prévu ou simplement pour marquer une pause pour abreuver les chevaux. ]
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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Sam 14 Jan - 18:10

Le trajet fut long, très long et répétitif. Les AthalsLAndith avaient beau être belles, dix jours avaient aisément de quoi abîmer l'enthousiasme d'une personne qui n'avait pas l'habitude de voyager. Les autres écuyers ne semblaient pourtant ne pas du tout en ressentir les effets. Il faut dire qu'ils avaient sûrement dû faire tout le trajet pour venir avant. De ce que lui en avait dit Pjetur, le seigneur Noble passait en général la moitié de l'année sur les routes, à parcourir la Landes et à visiter les autres seigneuries. Son arrivée l'avait cependant forcé à modifier la route de son voyage pour se rendre à la frontière Humble, ce qui leur avait donné un certain retard par rapport aux années précédentes. Ils arriveraient en Hiver, en espérant que la neige n'arrive pas trop tôt cette année.
Tandis qu'ils cheminaient, au loin, commença à se découper une grande tour éclairé par le soleil déjà fatigué du midi. Elle paraissait presque menaçant, si haute et si isolée. Même les chevaliers derrière eux étaient comme tendus par une pression silencieuse. On aurait dit que de ce lieu suintait une atmosphère malsaine qui pénétrait le corps et poussait instinctivement à carrer l'épaule malgré les vêtements de cuir qui les protégeaient efficacement du froid naissant. Avant de l'atteindre, il fut brusquement décidé de faire une halte soudaine. Nilahiah posa alors la question fatidique au sujet de la raison de cet arrêt. Pjetur voulut d'abord se hasarder à s'exprimer :

« Non, ce n'est pas là qu'on va dormir... mais... »

Comme il ne réussissait pas vraiment à terminer sa phrase, Kasperaton vint finalement à son secours avec moyen d'une phrase anormalement brève de sa part :

« Nous allons dormir au château plus loin. »

Bien qu'il ne s'était pas osé à le pointer du doigt et s'était contenté de rester vague, ces paroles firent frémir le pauvre cinquième écuyer. Et, étrangement, plutôt que d'en paraître amusé, son ami posa la main sur son épaule pour le réconforter. L'elfe blond tourna de nouveau le visage vers l'ange et continua malgré tout à parler, mais à voix basse :

« Il s'agit de l'ancien château seigneurial des Vaillants. On dit que la seigneuresse actuelle y a enfermé son père après que celui-ci soit devenu fou. Ses cris sont parfois audibles les jours de grand vent. »

Tout autour d'eux, les chevaliers avaient commencé à s'affairer comme à chaque halte. Cependant, contrairement à l'agitation agréable qui régnait d'habitude, tout le monde parlaient à mi-voix comme inquiété par quelque chose d'invisible.

Un assez long moment après, les seigneurs invitèrent leur suite à se préparer à nouveau. La colonne démarra silencieusement, tandis que le crépuscule commençait tout juste à tomber. L'impression qu'ils avaient eu de loin n'était pas trompeuse, le château était fait de pierres noires et sombres ; il semblait que quelqu'un avait dit qu'elles avaient été acheminées ici depuis le nord. Cependant, ce qui frappait surtout, en regard de toutes les demeures qu'ils avaient eu précédemment, c'était cette tour, si haute et si sombre. Au dessus de la porte principale, une silhouette blanche ou grise était assise sur les créneaux. La proximité confirma l'impression qu'ils avaient eu mais d'une manière qui surprit ceux qui ne connaissaient pas encore le lieu. La forme pâle assise à l'entrée du château était une femme à la peau si blanche, qu'elle paraissait briller dans l'obscurité naissante. Cette inconnue, gracile, portait une robe légère de la même couleur que sa peau ainsi qu'un étrange voile blanc qui cachait le haut de son visage. Derrière elle s'étendaient quatre ailes délavées, si terne qu'elles paraissaient grise comparées à sa peau. Ses deux ailes du dessus surtout étaient teintées de rouge à la pointe. Les seigneurs s’arrêtèrent juste devant la porte pour s'annoncer à cette étrange personne :

« Dame Melia, nous allons passé la nuit ici.
-Vous êtes les bienvenus. »
répondit-elle simplement d'une voix cristalline.

Elle laissa défiler toute le monde par la porte principale, sous elle, laissant traîner ses pieds et chantonnant une mélodie inaudible d'en bas.
La suite s'enchaîna très rapidement car à peine descendus de cheval, des formes de lumière diaphanes emportèrent les montures vers une sorte d'écurie tandis que d'autres les entraînait vers ce qui semblait être une salle de banquet parfaitement préparée pour l'occasion, où trônait au milieu une imposante table de marbre. L'ange était déjà assise à la place principale et invita d'un geste et d'un sourire les Vaillants à se mettre d'une coté et les Nobles de l'autre. Une fois que tout le monde fut assise, les deux seigneurs à coté d'elle, Dame Mélia porta un toast, révélant une cicatrice rouge glissant le long de sa côte, sous son aisselle, à l'endroit où se trouvait le coeur :

« Aux chevaliers ! »

Les deux seigneurs l’imitèrent immédiatement, suivi de la tablée. Bientôt des conversations de tables s'élevèrent, mais personne ne semblait être vraiment d'humeur.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Dim 22 Jan - 20:20



Bien que l’atmosphère semble s’alourdir à l’annonce de notre halte, Pjetur m’avoua que nous n’allions pas dormir ici. J’aurais pu le deviner, étant donné que le lieu n’était absolument pas adapté pour recevoir une compagnie telle que la notre. Excepté cette haute tour de pierre à quelques foulées de galop de là, rien ne pouvait nous protéger pendant notre sommeil. Et le soleil ne déclinait pas suffisamment pour laisser place à sa sœur lune. Pjetur semblait gêné et ne parvint pas à achever sa phrase, laissant Kasperaton lui venir en aide, comme souvent. Le Haut-Elfe aux longs cheveux d’or tirant sur le blanc, ajouta que nous dormirions au château qui se trouvait plus loin. Je balayai du regard l’endroit qu’il n’avait pas désigné, mais des arbres cachaient la vue. Hormis le cylindre de pierres, aucune construction ne s’élevait au-delà des cimes. A voix basse, il m’informa de curieuses rumeurs concernant l’endroit. Du genre à vous faire blêmir et faire naître un frisson qui vous descendrait le long de l’échine. Je conservai un air sérieux, perplexe. Ce genre d’on-dit trouvait mal sa place dans la bouche du Pieux. Les filiations, les bruits de cour, et les petits secrets des nobles Hauts-Elfes, cela ne m’étonnait pas venant de lui. Mais des histoires glaçantes ne semblaient pas adaptées au personnage et à ses occupations favorites. Et l’ambiance générale qui pesait sur chacun des Chevaliers et des écuyers ajoutaient du réalisme à la fable. J’avalai difficilement ma salive, ne sachant à quoi m’attendre en pénétrant sur ces terres.

Moi qui n’avais jamais connu de figure paternelle, je me demandais bien comment il était possible d’enfermer son propre père dans un tel endroit. La folie le condamnait déjà, elle n’avait certainement pas pu se résoudre à achever les souffrances de son âme. Comme pour me décourager d’imaginer ce qui avait bien pu se produire dans cette famille, le vent se mit à souffler entre les arbres. Rentrant la tête dans les épaules, mes ailes repliées sur elles-mêmes, je me détournai des deux écuyers pour m’affairer auprès de ma monture et des tâches à effectuer. Lorsque les grands seigneurs Hauts-Elfes nous donnèrent l’ordre de repartir, mon visage se ferma. Je n’avais pas hâte de faire la rencontre de ces Vaillants. Comme me l’avait expliqué Ariadna lors de notre houleuse conversation, les Chevaliers étaient issus des plus grandes familles. Hérène la Vaillante retrouverait donc ici sa demeure. L’idée me glaçait encore plus le sang que les cris du patriarche retenu entre ces murs noirs. Les Vaillants ne m’inspiraient rien d’autre que de la méfiance.

Lorsque nous approchâmes de la porte principale, je sentis ma monture lever le nez et dresser les oreilles. Ce que je vis alors réveilla de vieilles douleurs endormies et fit manquer un bond à mon cœur. Les Seigneurs s’adressèrent à cette forme blanche que je ne connaissais que trop bien. Les deux paires d’ailes dans son dos pouvaient en témoigner. Nous étions issues de la même race. Pourtant, une certaine pureté semblait manquer à cet Ange. Comme si l’atmosphère maussade et austère du lieu avait déposé un voile sombre sur ces ailes à l’origine si étincelantes. Je ne pouvais quitter des yeux cet être qui, sans le connaître, me semblait si proche. En franchissant la porte sous ses pieds ballants, une idée me frappa de plein fouet. Stupéfaite, je me demandai quel méfait avait pu ternir ces ailes et surtout l’exiler en ce lieu si mauvais. Non, vraiment, la demeure des Vaillants n’annonçait que mauvais présage !

Des formes de Lumière, loué soit Aton, nous guidèrent jusqu’à la salle du banquet où nous attendait une table de marbre bien garnie. Les membres de la famille Vaillante s’assirent pour faire face aux Seigneurs invités. L’Ange, nommée Dame Mélia, se mit debout afin de lever son verre aux chevaliers. Alors que sa peau blanche étincelait à la manière d’un radieux soleil sur la neige, ses ailes étaient réellement ternes. Je remarquai alors que les pointes de celles-ci étaient teintées de rouge. Ce rouge écarlate. Une autre marque rouge attira mon attention. Une cicatrice partant de l’aisselle et parcourant la côte, à l’endroit du cœur. Par Aton ! Quelle pouvait être l’histoire de cette Dame Mélia ? Plus je la regardais et plus les questions s’éveillaient dans mon esprit. Je levai également mon verre, murmurant à peine l’acclamation. Aussitôt assise, je mangeai pour essayer de calmer mon âme. Le poids sur mes épaules ne voulait pas s’ôter. Les conversations de table n’étaient pas animées comme à l’accoutumée. Moi-même, je ne posais pas mes éternelles questions à Pjetur ou Kasperaton. J’évitais soigneusement les regards des Vaillants qui semblaient s’interroger sur ma présence. D’ailleurs, Hérène, qui avait rejoint les siens, avait certainement fait parvenir son avis sur moi. Ce qu’ils pouvaient tous penser me terrifiait. Je m’efforçais de repenser aux paroles qu’avait eues Alrick le Noble après m’avoir choisie comme écuyère pour le servir.

Je sentais un poids encore plus important venant de ma droite. Lorsque je tournai la tête, je croisai le regard de l’Angélique Dame. Il y eut un halo de lumière et je ne pus que détourner les yeux. Lorsque je voulus de nouveau tourner la tête dans sa direction, Dame Mélia était en grande discussion avec les Seigneurs. J’achevai mon assiette entre deux conversations de convenance, puis le repas prit fin après quelques heures.


«  « Kasperaton, je sors quelques instants. Je vais me renseigner afin de savoir si je partage votre chambrée ou si les Anges logent dans des appartements différents. Je vous retrouverai plus tard, ou dès l’aube. »


Les écuyers furent invités à se rendre dans leur chambre. Pour ma part, je ne savais quel traitement de faveur me réserveraient les Vaillants. Je sortis quelques instants au-dehors, les murs de pierre noirs rendant l’atmosphère encore plus pesante sous la lumière vacillante des torches et des bougies. Aussitôt rendue à l’extérieur, j’inspirai profondément. Une brise fit frémir les plumes presque blanches de mes ailes. Je les dépliai avant de les remettre à leur place, là où la convenance me forçait à les laisser repliées, le long de mon dos. Je fis quelques pas avant de me figer. Le vent avait continué de souffler et avait apporté avec lui un bruit fort étrange. Devant moi, un peu plus loin, s’élevait la haute tour noire. Ce que je venais d’entendre m’avait glacé le sang. C’était comme le cri d’une bête qui implore qu’on l’exécute. Un râle profond, presque enragé. Les poils se dressèrent le long de ma nuque. Que fallait-il faire ? J’eus la profonde envie de faire demi-tour et mes pas me ramenèrent rapidement jusqu’à l’intérieur du château. Je n’avais aucune envie de rester seule ici. Je me mis en quête de trouver Pjetur ou Kasperaton. Peut-être même Alrick afin de l’interroger sur Dame Mélia, si étrange et familière. Même l’un de ces serviteurs, lumières flottantes, pourrait dissiper mes sombres angoisses.
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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Ven 27 Jan - 13:14

Une silhouette lumineuse attendait paisiblement Nilahiah, seule forme flottant dans les lieux qui semblaient avoir été déserté par les autres. Il était pourtant rare que les chevaliers se couchent aussi tôt. La nuit était tout juste tombé dehors. Dès que l'ange fut en vue, elle tourna son visage indistinct où les yeux, le nez et la bouche ne se séparaient pas tout à fait du masque de son visage. La lumière atténuée qui la composait entièrement rendait flous et illisibles ses traits. La forme phosphorescente, incapable de parler, tendit une main où le bout des doigts disparaissait dans l'air pour inviter Nilahiah à la suivre. Il aurait été difficile de le dire mais elle semblait sourire d'un sourire rassurant. La forme luminescente la guida alors au détour des couloirs, lévitant au dessus du sol. Toutes deux arrivèrent bientôt à des escaliers qu'il fallut monter. Elles montèrent une première volée, une deuxième, une troisième. Chaque pas semblait les rapprocher d'une atmosphère encore plus sombre. Cependant, au delà du troisième escalier, un massif mur de pierre empêchait définitivement d'accéder plus haut. Le fantôme scintillant l'invita alors à s'engager à travers un long couloir duquel parsemé de nombreuses portes de bois sombre. Des chuchotements humains paraissait sortirent de certaines d'entre elles, ainsi que quelques ronflements. Pourtant, le guide nitescent ne semblait pas près de s'arrêter et continua le long du corridor jusqu'à un nouvel escalier après un angle de la galerie. L'escalier avait des marches assez hautes qui obligeait à lever les genoux. La lueur fixe, survolant très légèrement les pierres, ne semblait pas n'avoir le moindre problème elle-même. L'escalier s'interrompit alors sur le palier d'une grande porte élégante qui, à en juger par les pigments légers qui parcourait la porte comme du lierre, devait avoir été peinte il y a longtemps. Finalement la servante chatoyante laissa à son invitée le soin d'ouvrir la belle porte ouvragée. Les gonds coulissant révélèrent une chambre. Il y avait un grand lit à baldaquin dont la couleur rose passé semblait avoir été rouge un jour. Les délicats voiles blancs qui retombaient dessus étaient malgré tout parfaitement coordonné avec cette couleur. Un miroir assez grand (il était composé de deux plaques d'argent) tapissait l'un des murs, au dessus d'une belle commode marquetée et vernie. Sur le côté enfin, à coté d'un vieux portrait de l'un des Vaillants sans doute, sur un petit fauteuil de la même couleur que le lit et aux poignées sculpté recouvertes de feuille d'or, l'autre ange était là. Elle trônait avec majesté, ses quatre ailes s'étirant des deux cotés du fauteuil, ce même voile qu'auparavant cachant la moitié de son visage. Lorsqu'elle entendit Nilahiah approcher, elle sourit :

« Il est bien rare que des chevaliers s'aventurent jusqu'à ce vieux palais, mais il est encore plus rare que j'y rencontre des anges. Viens, approche, je veux pouvoir te percevoir. »

L'ange avait alors tendu les mains dans l'air approximativement vers l'endroit où se trouvait Nilahiah. Elle paraissait incapable de voir la jeune ange, devant elle. La servante de lumière, prenant alors le bras de son invitée de sa poigne légère et chaleureuse, approcha celle-ci de son hôte et déposa la main adolescente entre les mains aveugles.

« Les fantômes ne m'avaient pas menti : tu es si jeune ! Comment ont-ils pu osé punir quelqu'un si jeune ?! Quelle faute ont-ils avancée pour mener à bien leurs projets ?! Oh ma petite, qu'as-tu donc fait qui puisse t'avoir valu leur courroux ? »

Sa voix qui avait semblé s'énerver s'était subitement adoucie à sa dernière phrase. Elle semblait compatir de tout son cœur avec le destin de l'exilée du Dôme, et ce sans même avoir entendu son histoire. De près, l'ange pâle paraissait beaucoup moins jeune qu'à distance. De légères marques discrètes montraient déjà qu'elle approchait lentement de la mort. Il ne lui restait sans doute plus que la durée de quelques vies humaines, devant elle. Le voile qui empêchait de voir une partie de son visage donnait l'impression qu'elle regardait déjà de l'autre coté.

« Ce château était si animé avant, sous le règne de Úlfur Hrafndísson Valrúnsdóttir Le Vaillant. Si jamais il ne s'était éloigné des enseignements du dieu Phrèn, si seulement il avait été moins investi dans la vie terrestre, la mort de son épouse ne l'aurait pas à ce point poussé vers la folie. Moi qui avait été envoyée en tant qu'émissaire du Disque, j'ai échoué dans ma mission. C'est pour cela que je resterai veiller sur lui, jusqu'à ce qu'il pousse son dernier soupir. »

La poigne de l'habitante des lieux se fit plus rude, comme si elle tentait de se raccrocher à Nilahiah pour ne pas tomber, ou pour ne pas la laisser partir. Insistance mais néanmoins assez lente, elle approcha son visage masqué et intima quelque chose entre l'ordre et la prière :

« Surtout, ne t'éloigne jamais de la voie d'Aton. »


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Lun 30 Jan - 22:04



Je me hâtai vers la silhouette lumineuse qui semblait m’attendre à l’intérieur. Elle m’invita à la suivre d’une main amicale, que les courants d’air de la demeure rendaient éphémère. En lui emboîtant le pas, je pus observer de près cette forme phosphorescente somme toute assez intrigante. Elle émettait une lumière qui se répandait sur les murs noircis, et lorsque je prolongeais mon regard sur elle, la lumière finissait par être aveuglante. Elle émettait de la lumière, mais il me semble davantage correct de dire que la forme était lumière. Resplendissante, merveilleuse. La forme flottait, se déplaçait sans émettre un seul son. De son visage, je n’avais rien perçu de concrètement matérialisé. La douceur de ses traits, de sa lumière, de sa présence, était indescriptible et je me sentis aussitôt rassurée, comme si la lumière qu’elle produisait avait chassé les ombres de mes tourments. Lors de notre avancée, je m’étonnai de ne croiser aucune âme. En général, il y avait toujours quelqu’un à rôder dans les couloirs, en particulier si tôt après le dîner. L’atmosphère si sombre et pesante de la demeure des Vaillants était transfigurée par la luminescence de ces êtres qui parcouraient le château. J’étais toujours convaincue que ces créatures provenaient d’Aton lui-même, et de sa force bienveillante. Peut-être étaient-ils les seuls à pouvoir guérir les angoisses des locaux. Je m’efforçai de ne pas songer au cri que j’avais perçu en gravissant les marches d’un escalier à plusieurs paliers. Au fur et à mesure que nous avancions, la lumière émanant de la création d’Aton semblait diminuer. Ou bien étaient-ce les lieux qui s’assombrissaient pour nous envelopper de l’ombre des Vaillants ? Je suivis l’être jusqu’à parvenir à une grande porte ouvragée, bien qu’apparemment très ancienne.

Evidemment, il fallait entrer. Si c’était la chambre qui m’était destinée, les Vaillants avaient sorti le grand jeu, contre toute attente ! Je rehaussai dans mon estime cette lignée de Hauts-Elfes au cœur durci, ravie de m’apprêter à passer une nuit dans une chambre qui s’annonçait agréable. D’amblée, mon regard fut saisi par l’imposant lit à baldaquin dont la couleur avait passé. Mi-amusée, je songeai qu’en ces lieux, tout semblait avoir cessé de vivre et d’exulter, excepté ces êtres de lumière. Le mobilier, bien qu’ancien, était de bonne facture et témoignait d’une grande richesse. Les Vaillants avaient ainsi une gloire passée qu’ils ne montraient qu’aux invités d’exception. C’est après avoir terminé mon rapide tour d’inspection que je me rendis compte de la présence de l’Ange. Bien qu’elle soit lumineuse dans la pénombre poussiéreuse de la chambre, l’imposant lit m’avait masqué sa silhouette. Elle s’adressa à moi d’une voix douce et cristalline, presque maternelle, m’invitant à la rejoindre. Je plissai les yeux, perplexe. Comment pouvait-elle me percevoir d’une quelconque manière avec ce voile sur son visage ? Devant mon manque d’entrain, la création d’Aton comme je la surnommais, m’encouragea à avancer d’une main pressant mon bras. Sans que je ne sache trop pourquoi, je saisis d’une main celles de l’Angélique. A ce contact, je ne sus si le froid que je ressentis provenait d’elle ou de moi. La seule certitude que je pouvais avoir concernait l’âge de Dame Mélia. Elle avait vu bien des jours et, bien que sa peau demeure d’une angélique beauté, certains plis ne pouvaient trahir les siècles qu’elle avait derrière elle.

Les paroles de l’Ange me firent l’effet d’un coup d’épée dans le ventre. Poignantes, ravivant la flamme de ma colère et de ma déception, elles me percutèrent violemment. Ma tête se mit à tourner quelques instants, mais je tâchai de me mépriser. Comment savait-elle ? Peu de Hauts-Elfes avaient vu des Anges et aucun n’avait remarqué que mes ailes s’étaient quelque peu ternies. Alors comment cette Dame Mélia, parlant de fantômes et n’y voyant rien sous son voile, avait pu découvrir mon secret le plus intime ? Comment pouvait-elle lire aussi simplement dans mon âme ? Toutefois, elle gardait une compassion maternelle qui me fit ravaler mes questions. De plus, l’Ange poursuivit. Lorsque sa voix prononça le nom du Dieu Phrèn, je fronçai les sourcils. Je n’avais pas entendu ce nom ancien depuis que j’avais quitté le Dôme. Ce n’était pas étonnant qu’un Ange le prononce, puisque Phrèn avait revêtu le nom d’Aton uniquement sur Abyndal pour ses fidèles et que les Anges gardaient encore son ancienne appellation. Toutefois, j’eus le sentiment que Dame Mélia était si âgée qu’elle avait pu être elle-même l’une des Exilés. Tant de questions se bousculaient dans mon esprit que je ne savais par laquelle commencer mon interrogatoire. J’écoutai jusqu’au bout le récit de l’Ange au voile blanc. Visiblement, sa présence ici sonnait comme une condamnation, comme une peine à porter jusqu’à la mort. Rien de bien réjouissant à ajouter au tableau de l’atmosphère locale. Je la sentis alors avancer son visage vers moi, sa poigne se faisant plus forte, ses lèvres scellant à jamais dans mon esprit une phrase qui me fit frissonner. Que voulait-elle dire ?

Dès qu’elle eut relâché son étreinte, je m’éloignai d’un pas afin de prendre une inspiration. Je décidai malgré moi d’ignorer cette sorte d’avertissement qu’elle venait de me faire, pour me concentrer sur la multitude de questions qui agitaient mon âme.


« Dame Mélia, j’ai tant de questions à vous poser. Vous semblez en savoir beaucoup sur ces êtres de lumière. Ont-ils été créés par Aton, comme je le présume ? Sont-ils ceux que vous appelez fantômes ? »


Sont-ce des âmes envoyées en ces lieux par Aton ? Et surtout, plus que tout, la question qui me brûlait les lèvres. J’avais peur de la poser car je connaissais la gravité de la situation et l’impolitesse qui en proviendrait. Je me mordis la langue pour ne pas résister à la tentation. Et si l’Ange s’emportait dans une grande colère ? J’avais déjà assez fait de dégâts parmi les écuyers du Noble Alrick. Il ne fallait pas en plus froisser notre hôte. J’affichai un air gêné, le regard de côté, ne sachant quoi faire. Elle avait été si maternelle avec moi, et si je la lui posais tout de même ? J’inspirai profondément et cherchai à percevoir un regard sous ce voile blanc.


« Dame Mélia, puis-je vous demander l’innommable ? Accepteriez-vous de me conter comment ces ailes ont trempé dans le pourpre ? Cela a-t-il un lien avec la folie du Seigneur Vaillant ?»


Voilà. Une fois de plus, mon indescriptible opiniâtreté m’avait menée sur des sentiers forts dangereux. Je me heurterai certainement à une colère foudroyante, mais au moins, j’aurais tenté.
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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Mer 1 Fév - 16:51

Après la première question que Nilahiah posa, il y eut un bruit. On aurait dit un clapotement, un son assez profond, régulier. Il s'agit cependant d'un bruit assez discret pour ne pas y faire attention. Ce n'est vraiment que quand elle laissa vraiment partir le flux de ses interrogations, que le bruit s'intensifia un rire léger qui émanait de la gorge de l'ange. Elle donnait l'impression que toutes ces demandes revêtait une sorte d'ironie imperceptible aux non-initiés. La vieille gardienne des lieux semblait ne pouvoir sortir de son léger rire qui agitait la bouche, seule partie de son visage visible. Il ne s'agissait pas d'une hilarité démesurée, non, juste d'un ris cristallin. Pourtant ce simple son, sans éclat de voix, paraissait distordre le monde. Même la servante de lumière oscillaient étrangement, immobile. Quand enfin celui-ci se tarit légèrement, avec une expression qui traduisait l'amusement qu'elle avait éprouvé auparavant, l'ancienne expliqua celui-ci avec des mots mystérieux :

« Il te semble poser des questions différentes mais, en vérité, tous tes mots sont liés. »

Un simple sourire ponctua ses paroles sibyllines. Le cou droit, la tête imperceptiblement levée, les yeux des deux exilés arrivaient exactement au même niveau, mais ceux de l'une d'elle était caché par un voile opaque. Cette pause un peu longue aurait donné l'impression qu'elle avait fini et qu'elle ne comptait pas prononcer un mot de plus mais, contredisant cette impression, l'intrigante personne rajouta quelques instants après, pour combler à l'incrédulité de son interlocutrice :

« Allonge-toi donc dans ton lit, je vais te raconter une histoire. »

Discrète comme toujours, un pan de la couverture rose avait été relevé par la lueur serviable. La lourde literie à la couleur passée révélait de cette façon un sur-matelas vert sombre qui tranchait clairement mais élégamment avec la teinte du drap. L'ensemble était, à la vue, confortable et chaleureux, et donnait envie de s'y plonger tandis qu'à l'extérieur les lourdes tapisseries couvrant les murs parvenaient à peine à conserver une chaleur agréable.
Une fois que son invitée se fut installée, qu'elle ait décidé de s'allonger sur le lit ou qu'elle se fût craintivement assise sur la couche, celle qui connaissait un autre monde entreprit enfin de commencer sa si secrète histoire :

« Il était une fois deux sœurs. L'aînée était un génie pour son page et était promise à un avenir radieux aux sens des glorieux archanges de l'armée impérial. Elle deviendrait peut-être même un séraphin en se faisant reconnaître pour ses talents. La cadette était une bonne à rien, une fainéante, une rêveuse, soit une personne inutile en ces temps troublés. Pour se débarrasser de ce fardeau, la famille avait conclu de l'offrir au clergé, plus précisément le clergé du dieu Phrèn, un dieu rude qui lui apprendrait le sens de la vie. Malgré la différence de niveau entre elles, les deux sœurs s'aimaient énormément. Elles savaient toutes deux qu'elles devraient bientôt se quitter mais s'étaient promis de se retrouver dans cent ans. L'aînée avança ainsi sur la pente de son chemin d'éloge tandis que la cadette se laissa enfermé à l'ombre d'un cloître. L'aînée mourut brusquement dans un accident. Ainsi, lorsque la cadette revint au bout de son apprentissage, enfin épurée de tous les signes de la jeunesse, elle ne trouva personne pour l'accueillir. Apprendre de sa chère sœur était morte il y a longtemps, alors qu'elle était prise à son apprentissage, manqua de l'achever. Il aurait peut-être mieux valu car ainsi elles auraient pu se retrouver l'une l'autre. Au lieu de cela, la fille désormais fille unique continua sur la voie de son dieu de vie, espérant recevoir un peu de son stoïcisme auprès de lui. Silencieuse, l'abandonné abandonna tout sentiment et tout rêve. La pauvre ne souhaitait plus qu'être un outil entre les mains divines. Cependant Phrèn est un dieu sévère, il se refuse à priver ses sujets de leur libre arbitre, les forçant à décider eux-même ce qu'ils veulent faire de leur vie. L'inconsciente trouva alors un autre chemin, beaucoup plus dangereux. Il se trouva que Phrèn a un frère, Ethan, un dieu indifférent à ses fidèles, le dieu des morts. Cela arriva alors que, de façon complètement impie, la désespérée tenta de se suicider. Bien sûr, elle survécut. Cependant, elle commença à voir des formes étranges. En un premier temps, elle crut à une malédiction et pria ardemment Phrèn pour avoir la possibilité de rectifier son erreur. Néanmoins, lorsqu'elle comprit ce qu'était ces ombres, elle pensa alors à une bénédiction. Son acte inconsidéré lui avait ouvert les portes d'un autre monde, celui qu'elle tentait justement d'ouvrir. Ces pâles apparitions étaient les images de morts récents. Il se trouve que dans le monde où elle habitait le vent portait rapidement les fragments de souvenirs sans corps au fond de la mer de nuage ; elle persévéra donc dans ce nouvel espoir, ce désir émergé du passé, cette envie malsaine. Elle se rendit cependant rapidement compte que ses tentatives étaient vaines et que, à cette vitesse, elle ne maîtriserait jamais assez cet art sombre pour revoir sa sœur bien aimée. Il n'y avait néanmoins personne dans ce monde qui aurait pu lui enseigner cette dangereuse pratique, qui commençait déjà à la dévorer. Personne ? Une ombre rencontrée au hasard de ses pas chuchota de curieuses promesses à ses oreilles, promesses de meurtres et d'actes ignobles mais surtout de tendres réconciliations finales. Paisiblement, dépourvu de ses sentiments qu'elle avait offert à Phrèn, la malheureuse se laissa tenter. Les années suivantes ne sont composés que d'actes abjects qui ne méritent pas d'être contés ; elle alla jusqu'à utilisé la magie qu'elle tenait d'un dieu pour se rapprocher de l'autre. Le paroxysme de ce rituel était de planter un couteau en son cœur et d'en survivre. Cela lui fut facile de résister à la mort, aidée par la magie de vie. Fort de cette nouvelle puissance dans ses veines, qui l’enivrait de pouvoir, elle appela sa tendre sœur de l'au-delà. Après six siècles d'attente, cette réunion fut courte. Elle aperçut son visage éthérée, entendit quelques échos de sa voix et subit la chute de ce visage baigné de larmes dans la mer des nuages. Le destin voulut que ce moment fut aussi le moment où Phrèn lui rendit ses sentiments. Se regardant, remarquant les symboles cabalistiques sur le sol, contemplant les corps de ses victimes, la vanité de son acte lui apparut en pleins yeux. Docilement, elle se rendit aux autorités et fut punie pour ses actes. Seul Phrèn, lui qui avait tout vu, ne l'abandonna pas. Il lui jeta un œil de son regard apitoyé et inflexible et lui laissa le reste de sa vie dans ce corps sévèrement rongé par le mal pour racheter ses crimes. … »

L'ange ne put pas entendre la totalité de l'histoire. Prise par le sommeil ou un enchantement, l'irrépressible torpeur la prit toute entière, lui laissant des rêves agités, d'anges et de sacrilèges.


La dormeuse fut réveillé par des cris paniqués :

« Réveille-toi ! Réveille-toi vite ! »

C'était Pjetur qui la secouait, se découpant à contre-jour contre la seule source de lumière, seul ouverture entre tous les rideaux lourds, rabaissés, de son baldaquin.

« Vite ! Tu vas être en retard ! »

Et en effet, en dehors de la sombre ambiance tamisée de l'intérieur de son lit, un lumière déjà vive éclairait la chambre par la fenêtre, augmentant à la sensation d'urgence. En lui tendant ce qui avait tout l'air d'être un croissant, le cinquième écuyer attendit impatiemment que la sixième se prépare pour le voyage. Puis il la fit descendre en quatrième vitesse jusqu'en bas, à travers les couloirs complètement vides, dépourvus de vieux anges, de serviteurs de lumière ou de quoi que ce soit de la sorte. Les chevaliers étaient déjà affairés autour des cheveux. La suite Noble disait au revoir aux Vaillants qui l'avaient accompagnée. Kasperaton les attendait justement avec un sourire moqueur :

« Je pensais que tu n'arriverais jamais. Qu'as-tu donc fait dans ce lugubre château durant la nuit pour être aussi fatiguée ? Tu as battu la campagne avec des loups-garous, ou quoi ? »

Néanmoins sa petite pique ne parvenait pas tout-à-fait à dissimuler le regard méfiant qu'il jetait toujours à la haute tour du château. Il reprit plutôt, informant les deux arrivants de ce qu'ils avaient ratés :

« La seigneuresse Vaillante ne va pas venir nous dire au revoir. Nous partirons bientôt avec trois chevaliers Vaillants qui vivent dans cette direction pour qu'il nous montre le meilleur chemin. »

Et la colonne partit bientôt, continuant leur voyage. Tandis qu'ils furent plus loin, Kasperaton redemanda à nouveau, plus sérieusement cette fois :

« Vraiment, qu'est-ce qui s'est passé dans ce château ? »


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Lun 6 Fév - 18:11


Tout semblait se mélanger. L’irréel prenait vie avec une telle force que je ne parvenais pas à distinguer le souvenir de la fable. D’ailleurs, ce corps que je possédais ne ressemblait pas au mien. La voix paniquée de Pjetur balaya ces songes tourmentés comme un coup de balai repousse la poussière. Je n’écoutai l’écuyer que d’une oreille distraite, l’esprit encore embrumé par ces sombres rêves et le récit de l’Ange. Malheureusement, le moment était mal choisi pour laisser son esprit vagabonder. Je me préparai à la hâte, rassemblant le peu d’affaires que j’avais laissées loin de ma monture et suivis Pjetur. En descendant les escaliers, ou plutôt en les dévalant rapidement pour rattraper le retard conséquent, mes pensées virevoltèrent en direction de l’angélique. Cette rencontre se reproduisait devant mes yeux, presque fantasmagorique. Après l’avoir questionnée, l’Ange voilée à la peau presque parcheminée, avait ri de mes interrogations. Ce rire léger, cristallin, comme un oiseau moqueur aux yeux vifs que j’entendais encore résonner dans la chambre rose pâle. Elle m’avait alors invitée à m’allonger sur le lit pour me conter son histoire.

Enfin, j’en avais rapidement déduit qu’il s’agissait de son propre récit étant donné les deux protagonistes angéliques. Nous arrivâmes alors dans la cour où se réunissaient les premiers arrivés de notre convoi. Kasperaton nous attendait près de nos montures. A peine essoufflée par cette petite course matinale, mon endurance pouvant être mise à rude épreuve dans ce genre de cas, j’entrepris d’achever de placer mon paquetage sur la selle. En toute réponse à la pique moqueuse de l’écuyer aux longs cheveux d’or, je lui adressai un regard fatigué. Au moment de se mettre  à cheval, je  sentis mon estomac se fendre en deux dans un discret gargouillis. J’avais manqué le déjeuner et je risquais de le regretter  amèrement. La matinée promettait d’être longue. Néanmoins, je me sentis bien plus décontractée à l’idée que la Seigneuresse Vaillante ne nous rejoigne pas pour nous saluer. Je n’avais pas hâte de revoir son visage fermé à l’allure belliqueuse. Une fois en route, et puisque je gardais le silence, tentant d’oublier ma faim et cette nuit des plus étranges, Kasperaton me demanda avec grand sérieux ce que j’avais fait alors que la lune avait pris la place du soleil.

J’hésitais à lui raconter tout ce que je savais. Avais-je le droit de leur livrer les secrets de Dame Mélia ? Ils étaient mes compagnons de route et d’armes. Et je leur devais bien quelques paroles. Je débutai donc mon récit à partir du moment où je les avais quittés :


« Hé bien… quand je vous ai laissés dans la demeure des Vaillants, je me suis rendue à l’extérieur du château pour prendre l’air. Il y avait un vent presque glacial, hivernal malgré que la neige  ne soit pas encore tombée. C’est là que j’ai entendu le plus étrange des cris. Je crois bien qu’il venait de la haute tour noire… »


Ajoutons au folklore une note sombre pour satisfaire nos auditeurs. J’aimais assez enjoliver mes récits. En particulier devant Kasperaton qui me semblait boire mes paroles et n’avait cessé de jeter des regards méfiants aux murs de pierre noire.


« … c’était une sorte de gémissement, de cri plaintif. Comme poussé par une créature mi-pensante, mi-bête. J’avais l’impression que le monstre suppliait qu’on l’exécute sur le champ ! Cela me glaça le sang jusqu’à l’âme. Je suis alors retournée à l’intérieur du château puisqu’il n’y avait âme qui vive en ces lieux. C’est alors que je trouvai chaque couloir vidé de sa compagnie. Personne ! Nulle part ! L’instant me sembla des plus étranges, tu peux l’imaginer, Kasperaton. C’est alors que l’un des serviteurs constitués de lumière apparut et me guida jusqu’à ma chambre. »


Je marquai une pause. Je ne pouvais résolument tout leur confier de notre entrevue. J’aurais tellement aimé revoir Dame Mélia pour qu’elle achève son récit… De cette nuit étrange, je gardais une grande frustration. Et d’autant plus maintenant que nous avions quitté le château Vaillant à la hâte. C’était probablement le seul Ange que je verrai jamais en ces terres à me témoigner de la sympathie. Je repris d’une voix plus lasse malgré moi :


« La chambre semblait un lieu des temps anciens, ses couleurs étaient passées. Mais elle était habillée par un grand miroir et un immense lit. Et sur un fauteuil se trouvait l’Ange, Dame Mélia. Nous avons échangé quelques paroles et nous avons béni Aton. Puis, elle m’a conté une histoire bien étrange. En réalité, cela me laisse perplexe. Ce sont deux sœurs, séparées par la mort, et l’endeuillée accomplit bien des sombres choses pour essayer de revoir le visage de la défunte. »


Finalement, j’en avais assez dit pour attiser la curiosité de Kasperaton, j’en étais certaine. Je gardai le silence avant de reprendre.


« Vois-tu, il n’y a nul loup-garou dans ma nuit. Juste de sombres tours d’où proviennent des cris effrayants et une conteuse angélique. Kasperaton, que connais-tu de Dame Mélia ? Peut-il s’agir d’elle, la sœur endeuillée de l’histoire ? Seraient-ce ces sombres choses qu’elle a tentées qui l’auraient menée jusqu’à ici, en ces terres ?»


Je n’en étais pas certaine après tout, et Kasperaton pourrait certainement être une mine d’informations, comme bien souvent depuis que j’avais rejoint la suite du Noble.
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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Sam 11 Fév - 22:07

L'ange commença alors à leur raconter son histoire de la nuit. Elle le fit cependant bien à sa manière. Si le début de la mise ne sembla que peu les impressionner, la soudaine référence fit frémir tous les elfes assez près pour les avoir entendu, même Ariadna, à coté d'Ísrún, qui ne les écoutait pourtant pas. La description plus avancée de ce son n'amplifia malgré tout pas ce soudain tremblement qu'elle avait précédemment créé en eux. Kasperaton se chuchota même à voix basse, plus par réflexe que pour intervenir dans l'histoire :

« Ce n'est pas exactement à cela qu'il ressemble. »

Le récit continua sans interruption avec le château et la chambre. À l'évocation de cette dernière, Pjetur hocha la tête, appuyant les paroles. La foule de question qui suivit laissa cependant ses interlocuteurs assez perplexe. Kasperaton lui répondit directement :

« Je peux difficilement t'en parler. Je pense que je suis ici l'une des personnes qui a fréquenté le plus d'anges et pourtant la plupart du temps, je ne les ai vu que de loin. Tu es seulement la troisième avec laquelle j'ai une vraie conversation. »

Il y eut un instant de silence, puis Ariadna, qui, étonnement semblait avoir entendu le récit, prit brusquement la parole pour demander à Nilahiah une seule question, mais qui semblait avoir un certain poids :

« Tu n'entendais vraiment pas les cris de la Tour ? »

Cette nouvelle interrogation fit tourner les yeux de tout le monde sur le coté. Mais avant qu'elle puisse ne lui répondre et surtout, lui demander pourquoi elle posait cette question, Pjetur les supplia d'une voix légèrement plus plaintive qu'il ne l'aurait voulu :

« Pitié, on peut arrêter de parler de… ça… »

La conversation fut donc close. Ariadna tourna à nouveau la tête vers Elínór et s'éloigna un peu. Kasperaton se chargea ensuite de trouver un sujet de conversation plus badin, qui ne gênait plus personne.

Le voyage continua à son rythme. S’enchaînèrent une suite de châteaux, plus petits désormais. La compagnie traversa les terres Honnêtes et Franches. La décision fut prise de ne pas visiter les seigneurs qui s'installaient plus vite car cela aurait nécessité un détour de plusieurs jours et l'Hiver était déjà là. C'est bien un mois tout entier qui passa de cette manière, bercé par la monotonie du paysage de plaines puis de collines. L'air s'adoucissaient de plus en plus. Plus les jours passaient et plus ils prenaient le risque d'être retardés par la premières neiges. Lorsqu'elles arrivèrent finalement, la température frôlait déjà presque les dix degrés au dessous de zéro. La chance avait voulu qu'elle tombe tard cette année. Aussi, le groupe de voyageurs avaient déjà beaucoup avancé. Car il n'était pas possible de continuer à voyager en monture bien longtemps sous ces conditions, le chemin obliqua vers le château Preux, qui se dressait sur la rive oriental du HjartaVatn.

Il n'était pas encore midi quand la trouve arriva près de là où résidait les Pieux. À distance, le château paraissait bien plus majestueux qu'ils n'en avait vu jusqu'à présent. Le château Humble avait été très peu décoré, et les splendeurs de l'ancien château Vaillant étaient passées. Les autres, leurs logis provisoires étaient de petites forteresses de moindre envergure. Devant eux, c'était véritablement le premier beau palais que pouvait voir Nilahiah depuis qu'elle était arrivée. Les remparts étaient légèrement abaissées, empêchant le quidam de passer, mais révélant néanmoins des tours dorées et des fenêtres colorées. Une véritable d'honneur les attendait après qu'ils eurent passé le pont-levis. Et devant eux, se trouvait la Seigneuresse Preuse, Thamarys Gregorsdóttir Maccabesson, gracieuse et droite, sous un ciel nuageux.

« C'est un plaisir de vous accueillir dans mon château, surtout quand les conditions climatiques sont aussi contraignantes. Malheureusement, il semble qu'il ne fasse pas assez beau aujourd'hui pour que vous puissiez rentrer chez vous. Aussi, je vous accueillerait chez moi aussi longtemps que vous le souhaiterez. »

Tandis que les chevaliers s'écartait un peu, la sixième écuyer put apercevoir une silhouette à coté de la seigneuresse. Celui-ci l'aperçut à son tour et, en lui rendant son regard, il sembla profondément choqué.

« Mais c'est une ange ! Que fait une ange, parmi vos chevalier, comme un vulgaire soldat ?! »

Celle qui venait de s'adresser, cette silhouette, était une femme blonde, recouverte d'une armure semblable à celle de la Preuse Thamarys. Elle tenait une lance à la main, au bout de laquelle brillait des signes magiques. Les deux grandes ailes derrière elle ne laissait aucun doute quant à son identité. La seigneuresse regarda sa compagne, puis jeta un regarda à Nilahiah avant de revenir sur son Noble hôte qui lui faisait face.  Alrick, alors, comme si personne ne venait de lancer une phrase particulièrement inappropriée lors d'une cérémonie de bienvenue, prit la parole :

« Mes braves guerriers, cela fait maintenant longtemps que nous voyageons. Ne vous inquiétez pas, vous pourrez sans doute revoir dès demain votre famille et vos parents. En attendant, je vous donne quartier libre pour tout le reste de la journée. »

Puis, tandis que tout le monde commençait à se disperser, il fit un signe de main à sa sixième écuyer. Kasperaton et Pjetur, inconscient de ce qui était en train d'arriver, lui dirent à plus tard. Quand l'ange arriva à proximité du groupe composés des seigneurs Noble et Pieux, ainsi que de l'ange guerrière, Alrick la présenta alors :

« Voici Nilahiah Qel'Nêphtis, ma sixième écuyer, qui est entrée à mon service récemment. »

L'inconnue voulut dire quelque chose mais Thamarys poussa doucement mais impérieusement la main sur sa poitrine mais s'exprime à sa place, d'une voix sérieuse et égale :

« Je crois que Dame Judith Deiphyle, qui m'a fait l'honneur de rejoindre mon château, souhaiterait s'entretenir avec votre écuyer. »

Le regard du seigneur Noble se ficha dans ceux de son homologue. Celle-ci le lui rendit tout autant. Il y eut un moment de silence tendu, tandis qu'on aurait dit que les deux suzerains communiquaient avec les yeux. Tous deux semblaient sérieux. Finalement, leur yeux s'adoucirent à tous deux. Alrick se tourna alors vers la jeune ange :

« Nilahiah, Dame Judith Deiphyle voudrait s'entretenir avec toi. Suis-la et répondit poliment à ses questions, puis, se détournant et s'adressant à l'autre ange : N'oubliez pas que vous vous adressez à un écuyer Noble. »

Consciente de la hiérarchie des Chevaliers bien qu'elle n'en soit pas dépendante, la guerrière angélique hocha légèrement la tête. Elle fit ensuite signe à Nilahiah de la suivre et, déployant ses grandes ailes, elle se dirigea vers une tour dorée où un balcon surplombant, sans rebords, semblait être là exactement pour leur permettre d'atterrir. Se déposant sur les délicats carreaux carrés alternant entre deux teintes de bleu, l'ange des Preux lui fit ensuite signe d'entrer tandis qu'elle ouvrait une délicate porte ouvragée, en bois, vers une pièce à l'ambiance chaleureuse. Il y brûlait un feu magique, plus jaune et plus réchauffant que la moyenne. Les murs étaient couverts de lourdes et délicates tapisseries présentant, çà une scène d'adoubement, là une cavalcade de licornes. À peine, son invitée fut-elle entrée que Judith lui dit brusquement :

« Nilahiah Qel'Nêphtis ? Tu es la fille de Déméthil Qel'Nêphtis ? Que fais-tu ici ? Pourquoi es-tu dans un groupe de chevaliers comme si tu étais l'une d'entre eux. Raconte-moi tout. N'omets aucun détail. »

Sa voix était stricte et ne permettait aucun refus ni aucune esquive. Pour bien se faire comprendre elle ajouta cependant :

« Tu es une ange ; tu n'as rien à faire parmi des hauts elfes. Si cela a à voir avec une décision hâtive du Dôme, je peux t'aider. Néanmoins, tu dois tout me raconter. »


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Mer 15 Fév - 14:07


] Lors de notre long périple, il m’arrivait de repenser à cette conversation que nous avions eue en quittant la demeure des Vaillants. Si Kasperaton n’avait pu m’apporter de réponses à toutes mes questions sur Dame Mélia, j’en gardai au fond de moi une certaine frustration, un certain sentiment d’inaccompli. J’aurais pu interroger le Noble Alrick, mais le sujet n’avait plus jamais été évoqué, provoquant un véritable malaise chez les Hauts-Elfes. Mieux valait ne pas en reparler. Je me souvenais encore de la voix plaintive de Pjetur suppliant que l’on cesse d’aborder les gémissements jaillissants des murs du château des Vaillants et surtout de cette haute tour noire. J’avais tenté d’approcher Ariadna pour lui demander ce qu’elle entendait par les « cris de la Tour », à quoi ils pouvaient bien ressembler, mais je n’avais pas osé lui adresser un seul regard. Je sentais encore le poids de la haine peser dans ses yeux lorsqu’elle les posait sur moi. Mieux valait patienter. Et toutes ces précautions ne faisaient que renforcer ma frustration.

Malgré tout, j’avais apprécié cette chevauchée tranquille à travers les paysages changeants des AthalsLandith, passant de plaines à collines. Je m’habituais progressivement à passer des journées entières le derrière vissé à une selle de cuir, le corps se balançant au rythme du pas de ma monture. Notre compagnie rencontra bientôt l’air froid de l’Hiver les premières neiges nous surprirent. J’avais pu récupérer un manteau plus chaud pour couvrir mes vêtements de voyage, dans lequel j’avais découpé deux pans dans le dos pour y laisser passer mes ailes presque étincelantes. Avec la neige si blanche qui tombait autour de nous à gros flocons, j’avais encore plus le sentiment que les cavaliers se rendraient compte que mes ailes avaient perdu de leur pureté.

Notre compagnie s’engagea sur un chemin qui prenait la direction d’un château bien plus imposant que ceux qui nous avaient accueillis pendant ce dernier mois. Il s’agissait de la luxueuse demeure des Preux. Les tours dorées qui s’élevaient derrière les remparts réchauffèrent mon cœur qui se serrait à l’approche des grands froids. A tel point que je ne pus retenir le sourire que j’adressai à Pjetur, ravie de nous savoir proches d’un chaleureux foyer. Une fois que nous eûmes franchi le pont-levis, un accueil plus que respectable nous fut adressé par la maîtresse des lieux : Thamarys Gregorsdóttir Maccabesson, d’après Kasperaton. C’était une femme d’une grande taille et à la stature guerrière. Ses cheveux bruns sous la grise lumière du jour d’hiver encadraient un visage fin. Elle dégageait une certaine grâce, mais ce qui transparaissait le plus était sa contenance. Tout son corps semblait dire : « garder la tête haute et rester droit dans ses bottes, quoi qu’il arrive ! ». Un étincellement attira mon regard à la gauche de la Seigneuresse, provenant d’une lance sur laquelle brillaient des glyphes étranges. A ses côtés se tenait une silhouette qui fit faire un bond à mon estomac et ouvrir de grands yeux étonnés. Un Ange !

Non, pas un Ange, mais bien une autre Ange, derrière laquelle s’élevaient de grandes ailes argentées. Elle portait une armure de la même facture que celle de la Preuse Seigneuresse. Contrairement à cette dernière, l’Ange avait de longs cheveux blonds qui lui descendaient au niveau des épaules. Contre toute attente, la guerrière poussa une exclamation lorsque son regard croisa le mien. Je sentis mes joues se teinter de rouge alors que je m’efforçais d’ignorer la remarque claquante. Alrick gardait sa contenance et donnait ses ordres. A nouveau, comme lorsque j’avais vu Dame Mélia, de nombreuses questions se bousculaient dans mon esprit. Combien d’Anges y avait-il dans ces terres, par Aton ? Notre noble Seigneur me fit signe de le rejoindre. J’avais le sentiment d’être un enfant dans une discussion d’adultes. Ce qui se jouait ici me concernait directement mais je n’avais aucun droit de parole. J’essayai de garder mon calme et d’en apprendre le plus possible. L’Ange guerrière se nommait Dame Judith Deiphyle et avait rejoint les Preux dans leur demeure. Je suivis cette angélique au ton impérieux et aux ailes d’argent. Elle s’envola jusqu’à un balcon au-dessus de nos têtes. Ravie de pouvoir enfin déployer mes ailes, je les étirai avant de m’élancer à sa suite. Qu’il était bon de s’élever dans les airs. Cette chevauchée me faisait rouiller. A pas lent, je pénétrai dans la pièce où m’amenait Judith Deiphyle. Je m’avançai vers le feu aux teintes jaunes et observai les lieux. Le ton strict de la guerrière me ramena à la réalité. Quand elle avait prononcé le nom de ma mère, mon cœur avait fait un bond et j’avais cru défaillir. Prenant un appui ferme sur mes pieds, je lui rétorquai :


« Comment connaissez-vous ma mère ? Comment se porte-t-elle ? »


Mais les mots moururent à l’orée de mes lèvres et aucun son ne quitta ma bouche. Ce passé que j’avais chassé pendant un mois me sautait à la gorge. Le Dôme, Déméthil … pouvais-je lui faire confiance ? J’avais fait le serment de ne rien dire de mes actes impurs, de cet accident. Je fronçai les sourcils, déchirée par le choix que j’avais à faire. A nouveau, le nom de ma mère résonna dans mon esprit, et il me sembla que ce nom ouvrit bien des portes dans mon cœur. Je m’éclaircis la gorge avant de prendre la parole.


« Je fais le choix de vous faire confiance, Dame Judith Deiphyle, à condition que cette confiance soit réciproque. »


Mon regard se plongea dans le feu fait de magie et les voluptueuses flammes qu’il produisait. Il me faudrait remonter au plus profond de mes souvenirs les plus douloureux. Si je pouvais ne serait-ce qu’avoir l’espoir de revoir ma mère ou de prouver au Dôme qu’il avait eu tort, alors cela valait la peine.


« Pour la gloire d’Aton, je portais souvent assistance aux Hauts-Elfes qui vivaient près du Dôme, et je cherchais à faire le Bien pour réparer les malheurs causés par mon orgueilleuse jeunesse. Je me suis instruite et formée au nom d’Aton pendant plusieurs siècles. Mais il semblait que l’amour que je portais aux Hauts-Elfes déshonorait ma race angélique. Alors que trois de mes semblables m’humiliaient à ce propos, ils ont trouvé plus utile de s’en prendre à un Haut-Elfe qui demandait à entrer au Dôme. Par Aton ! Je n’ai pas pu résister et je m’en suis pris à l’un de ces Anges. Je lui ai brisé une aile. Il est entré dans une grande colère et refermait ses mains sur ma gorge et je ne pouvais rien faire d’autre… »


Je relevai mon visage et plongeai un regard encore vibrant de colère dans les yeux de mon interlocutrice.


« … Je n’ai fait que me défendre. S’il est mort, c’est parce qu’Aton a voulu qu’il cesse d’opprimer ses serviteurs ! Le Synode n’a pas voulu ébruiter l’affaire. Il m’a envoyée ici par esprit de rancune. Il me tient responsable de meurtre et d’avoir quitté la voie d’Aton ! Mais ce sont eux les coupables ! Désormais je sers le Seigneur Alrick le Noble, je suis son écuyère. Je purge ma peine. »


Jusqu’à pouvoir approcher le Dôme et prouver à ces serviteurs d’Aton où se trouve la véritable voie ! Je laissai la colère s’estomper progressivement, puis demandai :


« Et vous, Dame Judith Deiphyle, que savez-vous de ma mère ? Et que faîtes-vous parmi les Preux, puisque vous affirmez que la place d’un Ange n’est pas parmi les Hauts-Elfes ? »


Mon ton avait gardé une certaine pointe de provocation, bien malgré moi. Cette Ange guerrière m’imposait le respect, mais j’étais encore éprouvée par la colère qu’avait ravivé ce récit de ma lourde chute et de mon exil.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Jeu 16 Fév - 14:05

Les babillements et prières de Nilahiah laissèrent la guerrière de marbre. Elle ne prononça pas un mot, se contentant de regarder l'intruse fixement dans les anciens, avec tout le poids de son sérieux et de son ancienneté. Cela la persuada finalement ; on dira ce que voudra sur son apparence relativement austère mais Judith semblait assurément être une ange digne de confiance, quelqu'un qui ne trahissait pas les secrets et les promesses. Enfin, l'histoire à l'origine de toute cette mésaventure finit par être raconter. La violence de certains passages firent sembler encore plus dur le regard de l'ange des Preux mais celle-ci resta stoïque. De temps en temps, elle levait les yeux et regardaient les ailes de la conteuse. Il sembla que peut-être une lueur très discrète de miséricorde s'était mise à briller dans ses yeux, mais il devait sans doute s'agir d'une erreur d'appréciation. Face à l'ultime déferlement de colère, ce ne fut qu'un silence qui répondit à Nilahiah, un long silence. Enfin, Dame Deiphyle dit gentiment :

« Repose-toi sur le canapé un moment ; j'ai besoin d'écrire quelques lettres. Un étrange sursaut de tendresse alla même jusqu'à lui faire rajouter : Si tu veux, tu peux te servir dans les biscuits qui se trouvent dans le petit meuble, sous la tapisserie avec la licorne. »

Suite à cela, la dangereuse guerrière laissa sa pauvre invitée tranquille ; elle alla chercher des feuilles de parchemin et un étrange calame métallique dans un autre petit guéridon en chêne, puis elle se mit à écrire sur son bureau. Le canapé qu'elle avait indiqué à l'exilée du Dôme faisait face à l'étrange feu jaune qui répandait de la chaleur dans toute la pièce. Il semblait brûler sans attaquer la bûche posée sous lui. Les jets de lumière qu'il projetait vers le haut rappelaient au tout point les flammes hypnotiques qu'auraient jeté un feu normal. Les gâteaux qui avaient été indiquée, étaient divers, certains étaient agrémentés de fruits séchés, cerise, raisin, agrumes, ou de graines comme du sésame, du pavots et d'autres. Ils rappelaient assez des biscuits qu'elles avaient pu voir dans d'autres châteaux, sauf que ceux-ci étaient plus divers. Il devait sans doute s'agit d'une recette courante dans les AthalsLandith. L'endroit était chaleureux et agréable. On y entendait que les claquements mélodieux du feu et le frottement irrégulier de l'écriture de son hôte. Des fois, elle semblait oublier la présence de son invitée et, dans ses pensées, hasardait deux trois notes mélodiques avant de s'interrompre. Laissée à elle-même durant un instant, la jeune ange pouvait ainsi regarder les belles tapisseries qui ornaient les murs, éclairés par la lumière des quelques fenêtres et des éclats sautillants du feu. Celles-ci n'étaient pas particulièrement riches, il n'y avait pas de fil d'or ou de cadres de bois sculpté autour, mais elles étaient assez belles. Les structures régulières permettaient aisément de reconnaître ce que le tisserand avait voulu y représenter et le décor garni lourdement de feuilles et d'arbres les mettaient en valeur. Alors, un léger sifflement fut émis par les lèvres de Dame Deiphyle. Aussitôt, deux étranges oiseaux formés de vent et de quelques étincelles surgirent de l'âtre du feu et se dirigèrent à tire-d'aile vers leur invocatrice. Les légers volatiles posés sur son doigt, Judith entrepris alors d'enfoncer dans leur gorge deux parchemins enroulés qu'elle venait d'écrire et qu'elle avait revêtus d'une fragile épaisseur de lumière. Le message avalé, les deux créatures de vent se parèrent d'une nouvelle lumière et s'élancèrent vers l'extérieur, ouvrant la fenêtre au passage. Calmement, la mystérieuse magicienne se leva pour fermer la fenêtre qui venait d'être ouverte avant que la chaleur ne s'en aille. Puis elle se tourna vers Nilahiah et lui expliqua :

« Je viens d'envoyer des messages au Synode, leur demandant de réfléchir à nouveau à leur décision. J'y connais beaucoup de personne et je pense que j'y serai écoutée. Ce qui t'est arrivé est une malheureuse histoire. Vous étiez tous deux en tort mais ce qui est arrivé en suite n'aurait pas dû être. Dans de tels circonstances, l'un d'entre vous allait forcément mourir et l'autre être puni. Cependant, la décision qui a été faite a été démesurée par rapport à la faute commise. »

La guerrière soupira à nouveau. Silencieusement, elle dégrafa son armure et la laissa tomber au sol. Puis, elle s'approcha du canapé où se trouvait Nilahiah, pour s'y asseoir elle-aussi, détendue. Assise en tailleur, elle se tourna et vers son invitée et son regard franc se ficha en elle. Sa voix n'est plus aussi martiale qu'avant lorsqu'elle annonça :

« Je ne prétends pas que je vais pouvoir supprimer ta punition mais je vais sans doute pouvoir l'alléger. Tu seras encore interdite au Dôme pour de nombreuses années mais tu pourras mettre fin à cette comédie ridicule de chevalerie. Elle laissa planer le silence, donnant poids à ses paroles avant de rajouter : Tu m'as demander tout à l'heure ce que je faisais ici ? Tu ne le sais peut-être pas encore, mais les anges sont les seuls à connaître la véritable voie du dieu Phrèn et, en tant que tels, ils sont les seuls à pouvoir à enseigner la magie blanche aux mortels d'Abyndal. Voilà ce que je fais ici. Toi-même, tu n'es pas maîtresse de la magie blanche mais tu peux déjà enseigner les connaissances de ce domaine que tu as aux elfes pieux qui le désiraient. Alrick Arnórsson partira demain, en bateau, pour rejoindre son château. À ce moment-là, reste avec moi s'il te plaît. Si tu fais cela, je pourrais continuer ton apprentissage de la voie de Phrèn. Tu pourra alors rester dans les AthalsLandith et t'installer dans le château qui te plaît pour leur enseigner les commandements du Disque. »

À coté de Nilahiah, sur le canapé, il avait Judith Deiphyle, qui lui proposait à un autre chemin. De l'autre coté, la porte par laquelle elle était entrée et, dans les autres tours du château, se trouvaient Kasperaton, Pjetur, Ísrún et Alrick. Les deux voie lui présentaient deux possibilité différente, mais Nilahiah ne pouvait en décider que d'une seule. Il lui fallait faire un choix.

« Tu peux arrêter cette farce d'ange qui ferait de la chevalerie. » répétait encore Judith. Mais le morceau de ciel qu'affichait la fenêtre était tentant.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Jeu 23 Fév - 20:04


Le silence qui s’ensuivit me sembla durer une éternité. Le regard rivé sur l’Ange au service des Preux, dans l’attente d’une réponse à ma provocation. Lorsque la voix s’éleva, une étrange gentillesse avait pris forme dans son ton, brisant le défi que j’avais lancé à Judith. Elle ne me répondrait pas et ne me parlerait pas d’elle, ni de ce qui l’avait menée si loin du Dôme. Les biscuits qu’elle me proposait ne m’intéressaient pas. Je n’avais pas faim. Aussi, je m’assis  sur le canapé désigné et pris mon mal en patience, observant tantôt les tentures, tantôt l’Ange qui noircissait ses parchemins. Finalement, une fois la fatigue et les émotions retombées, je me levai et m’emparai de quelques gâteaux secs, agrémentés de fruits séchés pour les avaler d’une traite. Perdant de nouveau mon regard dans les flammes magiques, je crus y voir danser des créatures fantasques. Un cheval aux ailes de feu semblait valser avec un feu follet crépitant. Je secouai la tête, chassant cette fatigue qui enrichissait mon imagination. C’est alors que Dame Deiphyle émit un léger sifflement qui fit surgir deux oiseaux d’énergie, d’air et de feu, des flammes dorées. Je regardais l’Ange faire une démonstration de ses pouvoirs avec envie. Elle devait avoir une grande maîtrise de la magie d’Aton. Mais ce qu’elle m’apprit alors chasse toute pensée. Je m’accrochai à ses lèvres, après ce long temps de silence. Dans mon âme, une bourrasque faisait virevolter mes idées et mes émotions. Comment était-ce possible ?

Je ne quittais pas des yeux Judith Deiphyle. Je l’écoutais sans vraiment comprendre tout ce qu’elle m’expliquait. Elle s’assit alors à mes côtés, son regard endurci plongé dans le mien complétement perdu. L’Ange était ici pour enseigner la voie de Phrèn. Je détournai mes yeux, sentant une grande pression émaner de la guerrière. Je me mordillais nerveusement la lèvre inférieure, sentant une grande chaleur au sein de mon estomac noué. Mon regard se porta vers la fenêtre, mon échappatoire. Je me levai brusquement et gagnai la fenêtre par laquelle s’étaient enfuis les oiseaux d’air et de feu à pas rapide. Je pouvais encore renoncer à devenir une écuyère. Cette occasion serait la seule qu’il me serait donnée de renoncer à la Chevalerie. Un goût âpre se répandit dans ma bouche, sans doute avais-je mordu trop fort dans ma propre chair, ou bien était-ce cela, le goût du dilemme. Quel choix pouvais-je faire ? Rester au service du Seigneur Noble, perdre des années à tenter de devenir Chevalier, gravir les échelons et prendre le risque de ne jamais avoir l’opportunité de revoir le Synode. En revanche, si je pouvais y parvenir, quelle parfaite serait cette revanche ! L’autre choix qui s’offrait à moi était celui d’un enseignement sur la voie d’Aton, sans aucune certitude non plus de pouvoir revoir le Synode. Ma revanche s’effacerait progressivement et je resterais auprès des Hauts-Elfes pour les enseigner à mon tour. Les Hauts-Elfes et les Anges ne me regarderaient plus comme celle n'ayant pas sa place parmi l'un de ces deux camps.

Mon regard se porta vers l’extérieur. La cour était encore agitée, malgré l’heure qui avançait. Mes camarades de chevauchée se trouvaient entre ces murs. Je leur devais énormément. Alrick le Noble aussi, m’avait beaucoup apporté. Si les quittais, que pouvais-je leur dire ? Je romprais alors tant de promesses… Aton ! Qu’il était difficile de faire un choix ! C’est alors que les paroles d’une femme usée par le temps me revinrent.


« Surtout, ne t'éloigne jamais de la voie d'Aton. »


Je les prononçai sans m’en rendre compte dans un murmure à peine audible. Je serrai les poings et me tournai vers l’Ange Judith Deiphyle.


« Dame Deiphyle, j’ai fait le serment de servir le Seigneur Alrick Arnórsson le Noble. J’ai promis à l’un de mes pieux amis de lui enseigner les rudiments de la voie d’Aton. Je suis un Ange, mais je n’ai jamais pensé que ma punition était une comédie ridicule. Ces Hauts-Elfes, bien qu’ils ne bénéficient pas naturellement du rayonnement de la Gloire de Phrèn, ont été bienveillants envers moi, et sont devenus mes camarades. »


J’avalai ma salive, reprenant d’un ton tout autant solennel :


« Cependant, je resterai à vos côtés, lorsque l’aube verra le Seigneur Alrick emmener ses hommes. Je poursuivrai mon apprentissage de la voie de Phrèn à vos côtés et je m’installerai dans le château de la famille Noble pour leur enseigner les préceptes de notre Divinité. Cela, à la seule condition que le Seigneur Alrick me donne son accord pour demeurer avec vous. Je lui ferai part de ma demande et de mon vœu de poursuivre mon apprentissage afin de servir sa maison. S’il s’y oppose d’une quelconque manière, alors je me rangerai à ses côtés. Je suis encore, après tout, sa sixième écuyère. »


Je prenais ainsi le risque de voir ma chance disparaître, mais je me devais de rester franche avec moi-même. Et, en agissant ainsi, j’avais le sentiment de ne trahir personne. Ni moi, ni les Hauts-Elfes qui m’avaient soutenue.
[HRP : Il a fallu se décider... Sad moi qui m'attachais déjà à ces petits Elfes ]
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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Sam 25 Fév - 17:22

Nilahiah étai assurément troublée par le choix qui venait de lui être offert. Dame Deiphyle venait de lui révéler un horizon qu'elle n'avait pas soupçonné jusqu'à présent. Cependant toute décision a des conséquences et il y a certaines résolutions que l'on ne peut pas prendre. C'était peut-être le cas de la jeune ange, tandis qu'elle remémorait, autant pour elle que pour son interlocutrice, la force du lien de vassalité qu'elle avait tissé avec son seigneur et les paroles qu'elle avait données. Mais, elle fit néanmoins l'épreuve de sa force de pensée et tentant de prendre une troisième voie dans le dilemme qui lui avait été imposé. Devant ces volontés puissantes et véridiques, l'ange Judith inclina légèrement la tête en fermant les yeux avec respect et déclara :

« Je ne peux qu'honorer quelqu'un qui tente de respecter les serments qu'ils a fait, quand bien même ces serments sont caducs à cause des circonstances irréelles qui les entourent. »

Lentement, l'enseignante des Preux releva alors la tête en ouvrant les yeux. Elle se releva et e rapprocha de Nilahiah pour se mettre à sa hauteur. Elle était plus grande du haut de son mètre soixante-quinze, pour autant elle ne semblait pas menaçante, juste étrange.

« Cependant, je refuse de me plier à cette farce. Nilahiah Qel'Nêphtis, vous avez pris votre décision : vous voulez rester avec ces chevaliers, quitte à laisser de coté le fait que vous n'êtes pas l'un d'entre eux et vous ne le serez jamais. Cette décision vous concerne et je vous ai laissé commettre cette erreur en connaissance de cause. Malgré cela, ne comptez pas sur moi pour me plier aux exigences boiteuses que vous requérez. Non, vous ne pouvez pas, et il est temps que vous l'appreniez, rester entre deux mondes et faire comme si cela était bien. »

À ces mots, l'habitante de la tour dépassa tranquillement Nilahiah et se dirigea vers la porte par laquelle elles étaient toutes deux entrées. Alors, tandis que Nilahiah tentait peut-être de négocier cette décision, Judith Deiphyle coupa court à toute discussion ultérieure avec son autorité naturelle :

« Maintenant, nous avons fini de discuter. Je vous demande de partir d'ici. Je n'accepte pas les chevaliers dans cette tour, et encore moins les écuyers. »

Les flammes de lumières semblaient crépiter plus violemment qu'auparavant dans la cheminée de la salle dont la jeune ange était chassée. La porte se ferma silencieusement derrière, avec pour seul cliquetis celui de la poignée qui remontait. La sixième écuyer Noble était désormais seule, sur le balcon aux carreaux bleus. Face à elle, le reste du château, d'autres tours aux toits dorés. Elle n'était plus la bienvenue dans celle-ci.


Lorsqu'elle eut purgé son désespoir, une servante indiqua magnanimement l'endroit où se trouvaient les autres écuyers à la pauvre ange harassée. Si elle avait posé la question avant la nuit, elle put ainsi retrouver les écuyers Nobles en compagnie des écuyers Preux, en train de s'entraîner aux armes dans une grande salle dans laquelle trônaient des bouquets d'armes sur le mur et de vieilles armures. Ainsi ces petites joutes amicales purent éventuellement être l'occasion de s'entraîner et de démontrer sa maîtrise des armes, mais surtout de passer un bon moment, pour Nilahiah. À la nuit tombée, il fut l'heure du dîner. De nombreux dignitaires de la ville voisine au château des Preux s'y étaient déplacés pour l'occasion. Cependant, les chevaliers mangèrent ensemble, les écuyers de deux maisons tous réunis au coin de la table. L'autre ange ne se montra pas et, en soi, la soirée fut assez agréable. Le dîner était le meilleur qu'ils aient mangé depuis le début de leur voyage, d'autant que, à moins d'avoir demander des restes à une servante, Nilahiah n'avait mangé que des gâteaux secs au déjeuner. Tout à leur bonheur, et réjoui de retrouver d'anciens camarades, Kasperaton et Pjetur ne remarquèrent pas vraiment que quelque chose fut arrivé à leur amie. La nuit arriva bien vite dans les festivités et l'ange se retrouva bien vite seule, dans une chambre préparée spécialement pour elle, mais qui n'avait pas la splendeur des chambres de seigneur qu'on lui avait parfois prêté dans certains autres châteaux.


Des cloches sonnèrent le matin au lever du soleil, signe d'une nouvelle journée qui commençait. Dans la grande salle qui avait servi pour le dîner et servait une nouvelle fois pour le petit-déjeuner, l'humeur était assez bonne. Tout le monde semblait apaisé et serein à l'approche du retour chez soi. Même le ciel était à présent bien dégagé. Pjetur savourait encore la nuit passée :

« Ah ! Cela fait si longtemps que je n'avais pas dormi dans un lit pour moi tout seul ! »

Kasperaton et lui était assis avec un écuyer Preux, à une table. Il mangeaient tranquillement une nourriture qui avait l'air particulièrement appétissante. Ils saluèrent Nilahiah lorsqu'elle arriva :

« Alors, comment vas-tu ? Tu as passé une bonne nuit ? La notre était des plus excellente.
-On va bientôt rentrer au château,
renchérit Pjetur.
-Ah, il paraît que le château Noble est encore plus sublime que celui-ci. Je me demande à quoi il peut ressembler. Celui-ci me paraissait déjà si grand lorsque je suis arrivé. »
rajouta le jeune écuyer inconnu.

Tout le reste du repas fut alors dédié à une description méticuleuse du château noble, de ses murs dorés, de ses immenses portes de bois rouge, et de milles autres splendeurs exotiques. Un telle description rappelaient presque les splendeurs du Dôme, que Nilahiah était la seule à connaître dans cette salle. Une fois le repas terminé, le rendez-vous dut donné à la porte opposée à celle par laquelle ils étaient entrés. Là-bas les attendaient un quai au bord duquel se trouvait une magnifique navire aux voiles repliées. Toute le monde était heureux. De nombreux dignitaires s'étaient assemblés pour observer le départ du bateau qui semblait être un événement remarquable. Cela fut à la hauteur de leurs espérances. Lorsque les voiles dorées furent levées, le soleil, en le frappant, alluma tout un circuit de lumière tout le long du bateau, qui créa un immense cercle magique tout autour du vaisseau. Celui-ci sembla alors décoller très légèrement du niveau de l'eau, autour par son cercle de lumière solaire et pénétra dans le lac comme si tous les vents du monde s'étaient précipités dans ses voiles. La plupart des chevaliers sur le bateau, habitués et donc peu impressionnés, vaquaient à leurs occupation. D'autres en revanche admiraient encore le phénomène surréel qui poussait le bateau.

Avec une telle magie, l'autre rive fut très rapidement en vue. Et le château étaient à la hauteur de la description qu'en avait donnée Kasperaton et Pjetur. Un ensemble parfaitement chorégraphié et symétrique de dômes et de tour s'élevaient vers le ciel avec des couleurs chatoyantes. Une grande verrière orangée, dont le carreaux avaient sans aucun doute été importées depuis le désert D', couvraient partiellement le quai doré où il se dirigeaient. Tandis que le château Preux avait été blanc aux toits d'or, celui-là semblait être la demeure de l'aube, paré de couleur dorées et rougeoyantes. Plus le bateau s'approchait et plus il semblait grand, et plus il brillait de la lumière éclatante du soleil, à tel point qu'on aurait dit qu'il était en feu. Enfin, il arriva à quai, juste devant la verrière orangée qu'ils avaient vu depuis l'eau. Nombreux étaient les personnes réunies pour leur arrivée. Certains étaient armure d'autres non. Trois d'entre eux se distinguaient particulièrement de la foule : une femme dans une robe assez simple, aux cheveux décoiffés, un homme assez fin avec un bouc, et un vieillard revêtu d'une très lourde armure et d'une épaisse cape verte qui tombaient jusqu'au sol. Alors que les nouveaux venus approchaient dans l'ordre, le seigneur devant, la femme perda soudain patience et se jeta dans les bras d'Alrick. Ce fut comme un signal et brusquement l'ordre se fractura et les différents chevaliers coururent rejoindre leur famille. Tandis que Nilahiah se retrouvait soudainement seule dans cette joie où elle ne connaissait personne, l'étrange vieillard en armure se rapprocha d'elle :

« Tu es Nilahiah Qel'Nêphtis, je présume. Je suis Sieur Theodric Marcamon, mais tout le monde ici m'appelle "vieux Théo". J'ai reçu une lettre à ton sujet de la part de Dame Deiphyle. »

Et tandis qu'on l'observait, on se rendait compte que cet homme ne pouvait pas être un elfe. Ses traits étaient couverts de rides. Il est relativement petit. Et, surtout, un tatouage en spiral au dessus de son œil droit trahissait à coup sûr son origine angélique. En étant imaginatif, on pouvait même supposer la forme de ses ailes dans les énormes plis de sa cape.

« Sache que j'approuve entièrement ta nomination au titre d'écuyer. Et à ce sujet, j'aimerai parler davantage avec toi, si tu es d'accord. Les connaissant, ils vont sûrement fêter leurs retrouvailles encore un moment, tu peux t'absenter sans problème. Le déjeuner va avoir lieu plus tard. Trouvons donc un lieu pour s'asseoir d'abord. »

D'un pas assez traînant, l'ange l'amena alors vers l'intérieur de la verrière, où poussaient des fleurs colorées. Au détour d'un bosquet labyrinthique, ils trouvèrent alors un banc et purent s’asseoir tandis que le vieil ange haletait un peu malgré la faible distance qu'ils aient parcouru. Il mit longtemps à reprendre son souffle et lorsqu'il finit par réussir à le faire, il semblait un peu déboussolé :

« Je ne sais pas vraiment par où commencer. En un sens, nous nous ressemblons tous deux. Nous avons tous deux été banni de chez nous pour une faute stupide. Lorsque je suis arrivé sur Abyndal, j'étais encore un jeu ange qui avait à peine son premier millénaire. J'étais perdu, comme tous les autres anges ; mais, contrairement à eux, j'ai refusé de m'enfermer dans des palais. J'ai repoussé les anciennes traditions, celles d'un autre monde et je me suis approché de ces elfes qui parcouraient le monde. Je leur ai enseigné la magie blanche alors que je ne la maîtrisais pas parfaitement moi-même et contre l'avis des autres anges et, au fur et à mesure des générations d'arrivants, j'ai été rejoint dans cette idée. On me prenait pour un fou, on méprisait mon action, pourtant j'ai ouvert un nouvel horizon. Tu n'as pas à craindre de faire ce que tu désires, jeune ange. Je pense que, en rejoignant les elfes en tant qu'égal, tu es peut-être toi-aussi en train d'ouvrir un nouvel horizon, un horizon où les anges ne seront plus cloîtré dans le dôme, comme des seigneurs nostalgique, un horizon où l'on verra voler les anges non pas au dessus des elfes mais à coté, un futur meilleur. Tu peux toujours revenir sur cette décision, je ne t'imposerai ni te refuserai jamais quoi que ce soit. Néanmoins je t'encourage à faire ce que tu fais. Être toi-même n'est pas interdit et personne n'a le droit de décider seul ce que sera ton futur : crée ton destin. »


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Lun 20 Mar - 18:33


J’avais profité d’un temps de calme parmi l’agitation générale pour m’éclipser. La traversée venait à peine de commencer et je me sentis soudainement vidée de mes forces. J’avais ressenti et dissimulé tant d’émotions à mes camarades, que je me sentis le besoin de faire le point avec moi-même avant d’entrer dans cette nouvelle vie que l’on m’avait imposée. Les paroles de Dame Deiphyle résonnaient encore dans ma tête, chaque fois que je me trouvais avec mes camarades, et le soir avant de plonger dans un sommeil agité. Son ton sans appel, avec autorité qui tranchait dans mon âme à coup de vérité poignante : « Non, vous ne pouvez pas, et il est temps que vous l’appreniez, rester entre deux mondes et faire comme si cela était bien ». J’avalai difficilement ma salive. Je n’avais rien eu à répondre ce jour-là, et depuis la scène tournait en boucle dans mon esprit, cherchant à défendre ma pauvre cause dans ce tribunal imaginaire, puisqu’aucun instant ne m’avait permis de retourner voir l’Ange des Preux, les préparatifs du voyage accaparant tout mon temps libre et, il faut l’avouer, mon esprit tourmenté. Mes camarades m’avaient alors été d’un grand secours, de manière inconsciente ils m’avaient aidée à traverser cette tempête d’émotions avec le moins de dommages possible. Certaines plaies mettent toutefois du temps à cicatriser. Et l’espoir, lorsqu’il est ravivé puis anéanti, est une blessure suppurante.

Un air frais empli mes narines et fit danser mes cheveux. J’inspirai longuement. Je devais tout faire pour oublier cette histoire. La magie qui coulait dans les veines du vaisseau sembla m’apaiser et je songeai aux merveilles auxquelles j’avais assisté sur le quai de la propriété des Preux. J’étais aux portes d’un avenir étincelant, fait de navires aux voiles dorées propulsés au-dessus des eaux par une magie lumineuse, d’un palais aux exotiques splendeurs et de Chevaliers Hauts-Elfes dont la bravoure et les exploits alimentaient les récits. D’ailleurs, l’un d’eux poussa une exclamation en désignant l’autre rive qui se dressait devant nous. Je tournai la tête et pus admirer les splendeurs que m’avaient décrites mes frères d’armes. Kasperaton et Pjetur n’avaient en rien exagéré leur description. Le château des Nobles n’était qu’une bâtisse de rayonnement et de somptuosité. Sa couleur oscillait entre l’or et les braises, parfois teintée de l’orange discret de l’aube. La demeure était massive, élancée, et d’une symétrie parfaite. D’ici, l’immense verrière aux tons orangés couvrait une partie du quai doré vers lequel était dirigé notre navire frôlant les eaux. Le pont s’agita pour la manœuvre. Je restai auprès de mes compagnons, près du bastingage. C’est alors que je les vis, debout sur le quai, et mon cœur se serra.  La délégation qui était présente pour accueillir leur Seigneur. Chacun d’entre-eux était là pour une unique raison : serrer dans leurs bras ces membres de leur famille partis depuis bien trop longtemps. Je l’avais su dès que j’avais croisé le regard brillant de cette femme, dans sa robe simple aux cheveux noisette décoiffés, ce regard qui s’était tant illuminé à la vue de la silhouette d’Alrick que le château m’avait paru presque sombre en comparaison. Je l’avais enviée. Puis j’avais compris que tous allaient revoir leurs proches et j’avais soupiré. Si j’avais accepté la proposition de Dame Deiphyle sans broncher, j’aurais pu, moi aussi, tenir ma mère dans mes bras… Du moins, c’était ce que je pensais.

Alors que chacun retrouvait un parent, un frère, une épouse, je me trouvai seule. Je pris le temps d’observer le Haut-Elfe, près de l’épouse d’Alrick le Noble, qui ressemblait étrangement au Seigneur Chevalier, bien qu’il adopte une posture relâchée pour le rang qu’il devait occuper. Son visage était encadré de cheveux lisses parmi lesquels se dressaient deux oreilles pointues, et était orné d’un bouc brun. La solitude m’entoura de ses bras et déposa un manteau de bien pesant sur mes épaules. Ce sentiment fut rompu par l’arrivée d’un bien étrange personnage. Un homme au visage ridé et usé par le temps, de petite taille, un tatouage en spirale au-dessus de l’œil droit, dont la tenue était recouverte par une épaisse cape. Un vieillard qui s’adressa directement à moi et disait se nommer le « Vieux Théo ». Il avait reçu une lettre de Dame Deiphyle. Je soupirai. Difficile d’enterrer cette histoire si tout un chacun s’amusait à remuer la lame dans la plaie encore suppurante. Je serrai les dents et l’écoutai jusqu’au bout. Sans trop savoir pourquoi, je suivis cet étrange bonhomme qui m’intriguait vers la verrière et m’assis sur un banc à ses côtés, parmi les fleurs aux couleurs vives et splendides. Bien que gênée par le silence qui commençait à durer, j’attendis patiemment qu’il prenne la parole. Sa voix était presque douce. J’eus l’impression de revoir Dame Mélia aux yeux voilés. Il me confia son histoire, son exil, et je perçus une grande bravoure chez cet Ange. Le Vieux Théo m’encourageait à faire ce qu’aucun n’avait tenté. Ce que Dame Deiphyle répugnait. Vivre parmi les Elfes. Prouver aux Anges du Dôme que ce qui se trouve en-dehors de leur Royaume de verre pouvait être aussi beau et céleste que leur existence recluse. Le défi était tentant. D’autant plus que je trouvais désormais un soutien parmi les miens.

Après un temps de silence, de profonde réflexion, j’osai prendre la parole.


« Vieux Théo… Je me suis engagée auprès d’Alrick le Noble. Mon corps, mon âme et ma lame le serviront. Un tel serment ne saurait être rompu. Mais je sens que la voie que je m’apprête à arpenter est risquée. Vais-je m’éloigner d’Aton en agissant ainsi ? Ou vais-je d’autant plus le servir ? »


Je ne pouvais me résoudre à renoncer maintenant. J’étais l’écuyère du Chevalier qui m’avait choisie. Toutefois, je voulais savoir à quoi m’en tenir. Je cherchais dans les yeux du vieil Ange les réponses à mes interrogations. Tous ces Anges que j’avais rencontrés depuis mon exil. Mélia, Deiphyle, et maintenant le Vieux Théo. Tous avaient été bannis pour avoir fauté dans l'ancien monde des Anges. Pour s’être égarés de la voie de Phrèn.


« Pourrais-je un jour devenir un véritable Ange Chevalier, puisque c’est le destin que je veux modeler ? »

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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Mar 11 Avr - 17:54

Le Vieux Théo s'attendrit en entendant les questions innocentes de la jeune écuyer. Ces doutes, ces craintes, ces peurs de mal agir, tout cela le ramenait à sa jeunesse. Son vieux visage ridé par les trop nombreuses années adressa un sourire à Nilahiah. Il ne pouvait lui offrir que cela :

« N'aie pas peur de t'éloigner d'Aton. Son nom de "Disque" renvoie à l'astre soleil. Comme lui, Aton distribue la vie sur chacun, il irradie. Le Disque voit tout, il perçoit chacune des actions mortelles, mais ce n'est pas lui qui juge. Il ne fait que nous donner le choix. Ne crains pas de t'éloigner d'Aton, car il est toujours en toi, dans ton cœur. Ainsi par exemple, Les pouvoirs de magie noire d'Anastasie Melia qui lui ont fait faire d'exactions, qui lui ont valu son exil, qui la ronge encore actuellement, sont le moyen de sa rédemption désormais. Même les criminels et les pires sorciers, en se repentant, en s'offrant aux enseignements des anges, pourront toujours faire appel à cette étincelle car cette étincelle est au fond de chacun. »

Ponctuant ses paroles, le Vieux Théo avait ouvert la main, révélant une lumière, faible et fragile, mais néanmoins particulièrement chaleureuse. On aurait dit que ce léger éclat palpitait, comme un cœur. Sa lueur était dorée, agréable, et faisait monter le sourire aux lèvres. C'est justement ce qu'il voulait dire :

« Chacun a son lot du présent d'Aton. Chaque personne a une lumière qui lui est propre. Chez certain, elle est blanche ; chez d'autre, elle est dorée. Qu'est-ce qui est fait la couleur ? Ce ne sont pas nos actions, ce ne sont pas nos erreurs : c'est qui on est, ce sont nos intentions. Notre lumière n'est pas comme nos ailes. Quelles que soient nos fautes, notre lumière brillera toujours tant qu'on en assume la responsabilité et qu'on a le courage de les présenter devant Dieu. »

Un vent souffla et la lumière que le vieil ange tenait dans la main s'envola, s'éparpillant milles autres étincelles plus petites dans la verrerie orangée, offrant une lumière nouvelles aux plantes encore sans fleurs de l'hiver. Le maître à penser les laissa partir, les regardant disparaître lentement avec le sourire.

« Phrèn nous laissera toujours le choix de faire ce qui nous paraît bien. Il nous laissera nous tromper, souffrir, guérir ou parfois mourir. Pourquoi crois-tu que tant de saints aient jamais marcher sur ces terres, construisant des abbayes ou des églises là où s'installaient ? Si une seule voie nous était imposée, cela n'aurait pas été utile. Non, chacun de ces saints, comme chaque elfe et chaque ange, suit le chemin qui lui est destinée, la route qu'ils désirent suivre, la voie qu'ils veulent créer. Tout le monde modèle un peu la terre. L'étincelle de leur vie reste alors ici-bas pour regarder les plus grands ouvrages qui viendront s'appuyer sur les leurs, avec le sentiment d'avoir accompli quelque chose d'utile, même si cela n'a pas été forcément remarqué. »

Après ces longues paroles et ces contemplations du jardin, l'attention de l'éternel disciple sacré se focalisa à nouveau sur son élève à lui, tournant à nouveau son visage usé. Son œil vert sombre rencontra les yeux marrons clairs de la personne qui lui faisait face. Il eut un petit rire tandis qu'il ajoutait :

« Enfin, ceci n'est que ma propre idée de la volonté divine. Comme je le disais chacun peut choisir ce qu'il veut faire. Ce que je voulais dire, c'est que : tu n'as pas à craindre de t'éloigner d'Aton car il est en toi. Et, c'est à toi de trouver la manière dont tu veux le servir. Pour ton destin sur cette terre, tu ne peux te fier qu'à toi même et aux lourds efforts qui tu dépenseras pour parvenir à tes fins. "Aie courage, agis, et Phrèn sera derrière toi." telle est mon enseignement. »

Après ces dernières paroles et un profond soupir, le Vieux Théo se remit face à paysage, l'observant avec réjouissement. Il le regarda un moment, laissant Nilahiah parler à coté de lui, puis il l'arrêta gentiment :

« Garde tes questions pour plus tard, il est sans doute plus de midi et tout le monde doit déjà être rentré manger. Il faut aussi qu'on te montre ta chambre et que tu t'y installe. Ne t'inquiète pas, nous aurons largement le temps de parler de ces choses plus tard. Je t'invitera à mon cours, que je tiens une fois par semaine. Tu verras, tu vas te plaire ici. »

L'aïeul se remit, alors difficilement sur pieds, et avança d'un pas lourd et pesant vers la grande silhouette du château, juste au dessous du soleil, laissant ses ailes vieillies flotter derrière lui.


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Re: [Automne-Hiver 4601] Voyage
posté le Lun 19 Juin - 19:50


Face à mes craintes, le vieil Ange m’adressa un sourire. Ce n’était pas un sourire moqueur, mais davantage un sourire compatissant, chaleureux, compréhensif. Ses paroles me réchauffèrent le cœur, dissipant mes doutes comme le vent balaye les nuages d’un seul souffle. Ainsi, il me rapporta le cas de Dame Mélia et m’assura qu’Aton était pour toujours dans mon cœur. Je me sentais comme un enfant rassuré par la douceur de la voix de sa mère. Un enfant qui avait seulement besoin d’entendre qu’il était capable de marcher avant d’arpenter le chemin. La lumière qu’il avait fait naître au creux de sa main était faible. Malgré cela, elle était douce et chaleureuse. Un léger sourire naquit au creux de mes lèvres. De nouveau, le vieux Théo se mit à parler. Au fur et à mesure qu’il évoquait avec sagesse la Lumière d’Aton, mon regard se perdait dans la voluptueuse luminescence. Ainsi, mon cœur se gonflait de courage à l’idée de ne pas décevoir mon dieu. Pour Aton, malgré mon exil et mes ailes décolorées, je continuerai d’être une lumière pour les âmes perdues.  Alors que, quelques saisons auparavant, j’étais moi-même cette âme perdue, j’avais enfin atteint le but ultime de mon périple, et j’avais l’impression que ma vie ne faisait que débuter.

Comme pour emporter avec lui le passé, un vent souffla et emporta avec lui des milliers d’étincelles qui formaient auparavant la boule lumineuse dans le creux de la main du vieux Théo. Mon regard se porta alors vers les eaux, scintillantes sous le soleil de midi. J’écoutais d’une oreille distraite les dernières paroles du vieil Ange. Ces mots restèrent longtemps en suspens dans mon esprit, les gravant, les méditant :  « … le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’utile, même si cela n’a pas été forcément remarqué ». N’était-ce pas là ce que j’avais fait en cherchant à défendre ce pauvre devant la porte du Dôme ? Certes, j’avais blessé un Ange. Aton savait quelle raison m’avait poussé à le faire souffrir. Et maintenant, quelle serait la mission que le Dieu Céleste allait placer dans mes mains ?

Sentant l’œil d’émeraude sombre se poser sur moi, je quittai ma contemplation des eaux et me tournai vers Théo. Son visage ridé avait un teint hâlé qui contrastait avec ses cheveux et sa barbe fournie d’un gris clair. De nouveau, sa voix s’éleva dans la paisible nature. Je ne pus alors m’empêcher de l’interroger.


« Vos paroles me semblent empreintes d’une profonde sagesse. J’ai encore tant de questions à vous poser, vieux Théo. Comment avez-vous su que pour vous… »


Sa voix douce écarta mes questions d’un revers. Je me stoppai net, avec respect. Le temps de l’enseignement avait prit fin et, de toute évidence, il me faudrait laisser toutes ces questions suspendues jusqu’à notre prochaine entrevue. Sans doute la patience faisait-elle également l’objet d’un apprentissage…


« J’accepte avec plaisir votre invitation. J’assisterai avec assiduité à votre cours si notre Noble Seigneur le permet. »


Après avoir prononcé ces derniers mots, je me levai promptement. J’attendis respectueusement que le vieil Ange se soit remis debout puis je marchai à ses côtés. J’eus le sentiment d’avoir trouvé en lui un mentor, un guide. Avec le Seigneur Alrick pour me former en tant qu’écuyère et avec le vieux Théo pour m’épauler sur la voie d’Aton, rien ne pourrait m’empêcher de modeler l’Ange Chevalier que je désirais devenir. Le château se dressait devant nous, radieux, plein d’espoir.
[Pardon, c'est court, mais au moins, cela permet de conclure Wink ]
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[Automne-Hiver 4601] Voyage
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