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 [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau

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[Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Sam 11 Juin - 21:51


Automne 4601 : L'Ange et l'oiseau



L'herbe frémit sous le souffle du vent, la lumière dorée du soleil se réflétant sur les perles de rosée.

Je me tenais droite, les plumes de mes ailes ondulant sous l'effet de la brise matinale. La journée serait longue. Je me sentais prête. Dès que la course du soleil parviendrait à son terme, je recevrai ma mission par la Guilde de la Chevalerie. L'excitation et la peur dégagèrent une certaine chaleur au creux de mon ventre. Je posai une main sur la peau dénudée d'armure, au niveau du nombril, et expirai profondément afin de me concentrer sur la tâche qui m'attendait. Chaque aspirant écuyer devait montrer son courage, son sens du devoir et son dévouement. Il servait alors un seigneur devant lequel il prêtait serment et, suivant ses actes, pouvait être adoubé Chevalier et devenir à son tour l'un des seigneurs d'AnthalsLandith. Le cycle se perpétuait ainsi depuis des décennies et verrait encore de nombreuses aubes.

Je poussai sur mes jambes et, d'un mouvement puissant d'ailes, je m'élevai dans les airs. Je dégainai mon épée dans un bruit métallique. Le vent glissait le long de mon visage, faisant virevolter mes longs cheveux bruns. Lorsque je perdais de la vitesse ou de l'altitude, je me propulsais d'un battement d'ailes. Je demeurais à peine à deux mètres du sol, épousant la brise, effleurant presque l'herbe du bout de ma botte. Je poursuivis ma course à bon rythme sur un km vers l'ouest. Sur la ligne d'horizon se détachait le Dôme. Mes anciennes terres. Je pinçai mes lèvres en songeant au visage de ma mère et ralentis le rythme jusqu'à rejoindre la terre et m'arrêter. J'inspirai et fermai à demi les yeux pour scruter le lointain. Ma perception visuelle était loin d'être mauvaise et je jouissais d'une bonne vue. Un nuage de poussière attira mon attention toujours plus loin vers l'ouest. Résolue, je pris cette direction.

C'est après une bonne heure à suivre leur piste que je les trouvai, se nourrissant de fruits pourris au pied d'un arbre. Les deux cochons infernaux que je devais traquer. Mon épreuve consistait à ramener la tête de l'un d'eux avant le coucher du soleil. Je restai en retrait et commençai à les observer. Les créatures étaient énormes. Un bon mètre quatre-vingt de hauteur pour au moins une tonne ! Des crocs jaunis sortaient de leur gueule et pointaient vers le ciel. Le poil touffu semblait rêche et était d'un brun très foncé. Quant à leurs membres, ils étaient longs et fins, et se terminaient par de larges sabots fendus. L'une des créatures semblait être un mâle aux attributs apparents, tandis que l'autre était une femelle. Je m'étais renseignée sur cette espèce, courante dans les plaines des AthalsLandith, et le dernier conseil que j'avais pu grapiller était le suivant : " Ce sont les femelles les plus hargneuses, un peu comme chez les Hauts-Dragons ! " Suite à cela, je m'étais mise en quête de ces cochons infernaux.

De toute évidence, ma stratégie d'attaque reposait sur le choix suivant : tuer un mâle et m'assurer la survie, tuer une femelle et prouver mon courage. En réalité, le choix était déjà fait depuis que j'avais reçu ce précieux conseil. Je bondis dans les airs, mon épée en main et, une fois dans le ciel, je me stoppai pour m'élancer vers le couple de créatures infernales. D'un mouvement d'ailes j'envoyai une bourrasque dans le but d'éloigner le mâle et pouvoir frapper de mon épée la femelle. Malgré la puissance que j'avais mis dans mon geste, le mâle ne recula que d'un mètre et se prépara à la charge. Pour ma part, j'étais en train de fondre sur la femelle qui lâcha un grognement sinistre avant de bloquer mon coup avec ses défenses. Mon regard croisa le sien. J'y vis l'instinct de survie, la peur et la colère. L'iris jaune semblait me défier de rester en vie.

Un bruit de sabot s'éleva dans mon dos et je tendis un bras dans cette direction pour ériger un bouclier céleste juste au moment où le cochon infernal allait m'embrocher. Je me propulsai de nouveau dans les airs pour échapper à cet étau animal. Il fallait réfléchir vite et agir d'autant plus promptement. Par un sort de lévitation, je fis s'élever les fruits pourris qui jonchaient le sol. Puis, d'un mouvement circulaire du bras, je les envoyai de plein fouet sur le mâle. Sonné et aveuglé par le jus et les morceaux de fruits, il resta immobile quelques secondes. C'était cet instant que je devais saisir. Je m'élançai vers lui, le vent me donnant la force et l'élan nécessaires pour lui asséner un coup, ma lame se coinçant juste derrière sa nuque. Le métal pénétra la chair, brisa quelques os et stoppa sa course dans la cage thoracique de l'animal qui grognait et hurlait à la mort.

" Trouve le repos d'Aton. "

Je retirai ma lame du corps agité de spasmes et me rejetai en arrière pour éviter l'impact de la femelle qui bondissait vers moi. Le choc fut si intense que je fus projetée contre l'arbre. Mon dos heurta l'épais tronc et mon armure râcla contre l'écorce. Devant mes yeux, un voile noir s'était tendu sous la force de l'impact. Je tentai de me relever pour le dissiper mais je n'y parvins pas aussitôt. Il me fallut quelques secondes pour me reprendre. La femelle se dirigeait vers moi, ses yeux jaunes emplis de haine. Elle allait me perforer. J'inspirai profondément et comptai ses foulées. Il n'en restait que quatre avant que la créature ne me cloue à cet arbre. Trois. Deux. Une. Roulade. Je me fis rouler sur le côté afin d'éviter la femelle infernale. La puissance qu'elle avait voulu mettre dans son coup mortel la laissa rencontrer le centenaire tronc. L'une de ses défenses jaunies s'enfonça dans l'écorce dans un craquement sourd.

Je parvins à me relever. Le cochon infernal couinait pour se dégager. Alors que je me tenais à ses côtés, j'élevai ma lame au-dessus de sa tête et lâchai, regardant le ciel je murmurai :

" Trouve le repos d'Aton. "


La lame étincela au soleil avant de trancher la tête de la créature. Quelques touffes de poils maculées de sang collaient à mon épée. Je la nettoyai avec l'herbe et la rengainai. J'entrepris d'abord de dégager la tête de la femelle du tronc, ce qui ne fut pas aisé. A force de persévérance, je parvins à l'extraire. Des mouches s'agglutinaient déjà sur les dépouilles et les fruits pourris. Avec fierté et orgueil, je laissai un sourire satisfait naître sur mes lèvres. Alors que j'allais reprendre la route des terres de la Chevalerie, je m'arrêtai et levai les yeux vers les hauts branchages. Un oiseau sifflotait. Ce détail me parut comme un signe d'Aton quant à ma destinée. J'avais tué le mâle et la femelle, j'espérais être promise au service d'un seigneur amené à voyager.

Je ramenai la lourde tête jusqu'au camp d'entraînement des Chevaliers. J'avais fait la route à pied car le poids de ma charge était trop important. Le soleil entamait la fin de sa course, mais j'aurais largement le temps de rendre mon trophée. Je pris le temps de faire un brin de toilette avant de déposer la tête de la créature dans la Grand-Salle.

Je me tenais debout lorsqu'ils entrèrent. Quelques seigneurs se tenaient là. Je laissai mon regard errer sur les différents visages alors que les émotions de la journée remontaient en moi. Je n'avais pas vraiment de peine d'avoir tué ces deux créatures. Je m'étais sentie comme investie d'une force nouvelle. Poussée vers ma destinée. J'espérais au plus profond de mon âme que la mission que j'allais recevoir serait un nouveau tremplin vers ma revanche sur le Synode et sa punition. Leur montrer que j'avais de la valeur.  
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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Lun 20 Juin - 19:51

La grande salle du château était parcourue de vagues rumeurs. Au milieu, se dressaient quatre trônes, un de pierre et trois autres, de bois, qui semblaient avoir été construits pour l'événement. Derrière eux, une foule de courtisans plus ou moins importants discutaient à demi-voix. Quelques musiciens dans un quoi jouaient une musique que personne n'écoutait. De grands étendards de la couleur brune du seigneur régnant descendant des fenêtres, seule concession à l'élégance dans ce château de pierre brute qui commençait à vieillir. En effet, le seigneur Guehors l'Humble était connu pour son caractère peu artistique malgré les nombreux marchands qui traversaient fréquemment ses terres. Celles-ci avaient la particularité d'être à la limite nord-ouest des AthalsLandith et de jouxter les vals au travers desquels, on accédait à Hvolthak et à la capitale. Il occupait un trône de bois bien que la cérémonie aie lieu dans son château. De sa dévotion habituelle, il avait préféré laisser son trône officiel, celui de pierre, à Alrick le Noble que tous les chevaliers considéraient comme le plus important de par sa longue lignée qui remontait au premier haut elfe. Les deux dernières sièges étaient occupés par deux voisins immédiats des terres de Guehors qui s'étaient déplacés pour l'événement, Hérène la Vaillante et Valeyn le Prudent.
Ces quatre grands seigneurs contemplaient, songeurs, le délicat présent qui avait été posé devant : la tête d'un sanglier infernal et tous étaient impressionnés par cet acte de bravoure. À vrai dire, Alrick le Noble n'avait pas prévu de demander une tâche si complexe pour la nouvelle venue. Il comprenait la situation difficile dans laquelle elle se trouvait, envoyée ainsi hors du cœur du Dôme par les siens. Cependant, les autres seigneurs avaient insisté pour qu'une telle épreuve soit donnée, Valeyn le Prudent sans doute pour vérifier que la nouvelle venue avait les capacités nécessaires, Hérène la Vaillante pour tenter de renvoyer celle qu'elle considérait être comme une intruse. Néanmoins, la compétence de l'ange à effectuer une tâche si dangereuse (les sangliers infernaux ne rechignaient pas à se nourrir d'elfes quand la possibilité leur était offerte) empêchait désormais les deux seigneurs de s'opposer à ce que la jeune ailée entrent dans la Chevalerie.
Un moine descendu d'un monastère dans la montagne pour l'occasion s'approcha de la tête de l'animal et, après quelques examens, il conclut :

« L'épreuve est remportée !
-Mais ce n'est qu'un petit san- ! »
voulut s'opposer Hérène la Vaillante

Malheureusement pour elle, Alrick le Noble venait de se lever de son trône. Elle fut donc contrainte de ravaler ses amères paroles pour acquiescer comme il se devait face à ce seigneur dont la voix était comme un ordre.

« Ange Nilahiah, tu as prouvé par cet acte de courage et de puissance que tu savais maîtriser les arts du combat et que tu avais le courage nécessaire pour te battre en notre nom. Tu feras un jour un excellent chevalier j'en suis sûr. Pour le moment, je te prends en écuyer à mon servir. Sers-moi et élève haut mes couleurs et ainsi un jour, tu nous honoreras en tant que chevalier. »

Alrick n'avait pas pris cette nouvelle écuyer sans raison. Il savait qu'aucun des trois autres seigneurs présents n'aurait accepté de la prendre à leur service. Elle était une ange ; le sang qui coulait en elle était celui des dieux : la voir ici n'était pas naturel.
Ponctuant ses paroles et tandis que les troubadours entamaient une musique vibrante de patriotisme dans un coin, le noble seigneur s'approcha de sa nouvelle servante et, ôtant une des deux épées qui pendait à sa hanche, il la tendit à son écuyer. Puis, il lui tourna le dos et s'avança pour retourner sur son trône, pendant Guehors l'Humble appelait ses serviteurs pour qu'ils apportent les tables du banquet qui allait suivre.
Cela n'avait duré qu'un instant et c'était déjà terminé. Voilà, Nilahiah était entré dans la Chevalerie, alors que des serviteurs s'affairaient pour poser des nappes sur des planches de bois, elles-même posés sur des axes de bois. Alors que la jeune ange regardait autour d'elle, un serviteur la bouscula pour dire immédiatement :

« Pardonnez-moi votre majest- dam- écuyer. Votre place est cette table-là. »

C'est en effet six tables qui avaient été posées, une pour les seigneurs, une pour chaque suite des trois seigneurs invités, et les deux dernières pour les invités de l'humble seigneur des lieux.


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Lun 27 Juin - 10:45


Mon regard errait sur les visages à demi cachés par l’ombre des courtisans, tentant de deviner ce qu’ils se disaient. Devant eux se trouvaient quatre trônes occupés par quatre grands seigneurs des AthalsLandith. Guehors l’Humble, qui possédait le château où je me trouvais, était assis sur un trône de bois. C’était un Haut-Elfe aux cheveux d’un gris foncé et, malgré son statut de membre de l’Althing, sa tenue demeurait sobre, tout comme son château. C’était Alrick le Noble, autre grand seigneur, qui occupait le trône de pierre. Celui-ci était  considéré comme le plus important des Chevaliers et beaucoup de rumeurs couraient à son sujet. Je me sentais à la fois honorée de sa présence et angoissée de faire un faux pas devant lui. Je sentais les regards suspicieux d’Hérène la Vaillante et de Valeyn le Prudent. Ces deux grands seigneurs occupaient les deux trônes de bois restants et observaient d’un œil désapprobateur le moine qui inspectait la tête du cochon infernal. Toutefois, les courtisans semblaient impressionnés par mon acte car tous chuchotaient avec passion. Lorsque le moine se redressa, je sentis les battements de mon cœur s’accélérer. Le verdict allait tomber. Mon aile droite tremblotait légèrement de tension. Je n’étais pas de ces Anges qui angoissent, cependant, depuis que j’avais quitté le Dôme, ma vie n’était plus que surprise et improvisation. Et cela pouvait être inquiétant pour un Ange.

Le verdict tomba. L’épreuve était remportée. Je sentis une vague de soulagement emporter toute la tension qui contractait mes épaules. Je vis la Haute-Elfe Hérène la Vaillante élever la voix pour protester. Serrant les dents, je songeai qu’elle ne m’apporterait que des ennuis. Ses yeux noirs brillaient pour me menacer et il était évident qu’elle ne souhaitait pas me voir parmi les siens. Ordinairement, les Anges sont perçus comme étant bien supérieurs aux Hauts-Elfes, dignes des dieux,  et c’était extrêmement rare d’en voir ou de parler avec eux. D’autant plus hors du Dôme. Mais pour Hérène la Vaillante, je n’étais pas à ma place parmi les siens, et cela me vaudrait certainement des coups durs à encaisser. Il fallait y être préparée. Pour les autres, ma présence ici pouvait être un mauvais présage et amener de terribles lendemains. Heureusement, Alrick le Noble se dressa, sa grande taille développant comme une aura qui fit taire tous ceux qui étaient présents. Sa voix grave et chaleureuse s’éleva et résonna, parcourant les vieux murs de pierre.

Alors qu’il s’adressait à moi, tout le reste avait disparu. Je ne voyais que ses yeux dorés qui me disaient que tout irait bien. La musique, les courtisans, les odeurs de nourriture et même Hérène la Vaillante étaient occultés par ce regard chaleureux. Sa voix grave transperçait mon âme et ses paroles me touchèrent profondément. Il avait choisi de me faire confiance. Lui, le membre de l’Althing et de la plus importante maison de Chevaliers. Le Haut-Elfe s’approcha de moi, dégaina l’une des lames qui ornait ses hanches et me la tendis. Je m’en saisis sans trop diriger ma main, comme poussée par une volonté profonde. L’épée était lourde, la lame large, mais le tout était parfaitement équilibré. Je fis pivoter l’arme d’une main et, alors que la pointe de métal rencontrait le pavé froid dans un tintement qui résonna dans la grande salle, je posai un genou à terre, mes ailes repliées en signe de soumission, et disant d’une voix forte :


« Ma vie est vôtre, Noble Alrick Arnórsson Aronsson, membre de l’Althing et grand seigneur issu de la première dynastie. »


Le grand seigneur s’en retourna sur son trône. Autour de moi, les serviteurs de Guehors l’Humble s’agitaient dans une musique tumultueuse pour dresser le banquet. Je me relevai, comme sonnée. Tout s’était enchaîné si rapidement. Si peu de temps auparavant, je contemplais un oiseau posé sur une branche qui entonnait un air joyeux, et je me trouvais désormais écuyère d’Alrick le Noble. L’avenir était on ne peut plus incertain mais je me sentais rassurée. Les paroles du grand seigneur résonnaient encore dans mon esprit et c’est un choc qui me sortit de ma torpeur. L’air surpris, je me tournai vers la raison de cette bousculade. Le serviteur de la maison des Humbles m’indiqua la place que je devrais occuper. C’est alors que je pris conscience que beaucoup s’attablaient déjà et que j’avais passé trop de temps figée dans mes pensées. J’inspirai profondément et, sans remercier le serviteur, je me dirigeai vers la table des suivants d’Alrick le Noble. Des yeux, je cherchai des visages connus. J’aurais apprécié partager ce repas aux côtés du grand seigneur Alrick, mais il était évident que c’était impossible. Je devrais réfréner mes questionnements et prendre place parmi les écuyers et courtisans. Les places étaient plutôt étroites. Mes ailes occupaient trop d’espace bien qu’elles ne soient pas déployées et j’imaginai que c’était pour cette raison que mes voisins de place se tenaient à distance de moi. Cependant, c’était surtout parce que j’étais un Ange, et eux des Hauts-Elfes. Je mangeai de bon cœur, mais au fil du banquet, bien qu’il soit festif et agrémenté d’animations et de chants, mon enjouement dépérissait.


« Comment es-tu devenu Chevalier ?


- Comme tous, j’ai prouvé ma bravoure. »


Et le Chevalier ne m’expliqua jamais comment il avait prouvé sa bravoure. Je tentai plusieurs fois d’entrer dans les discussions mais on me répondait poliment avec gêne, puis on se désintéressait de moi. Mon épreuve n’avait pas suffit à tous les convaincre de me considérer comme l’un des leurs. Puisse Aton modifier leur point de vue ! Je sentais dans certains regards que je serais toujours un Ange, mise à l’écart. Mais d’autres, ceux de certains seigneurs, ne voyaient en moi qu’une écuyère, écartée par son statut de nouvelle.

Une fois le long banquet terminé, je me levai de table pour sortir de la grande salle. La nuit était tombée, enveloppant le château de manteau sombre. Des torches donnaient une lumière vacillante le long des murs et des portes. Je m’élevai jusqu’aux créneaux en quelques poussées de mes ailes. La nuit était fraîche, mais la solitude m’enveloppait d’une certaine douceur. Je ne désirais pas avec ardeur ne faire qu’un avec mes confrères. Simplement, j’espérais qu’en entrant parmi eux, puisque j’y avais été contrainte, je n’aurais plus cette place de renégate. Mais ma place n’était ni parmi les Anges, ni parmi les Chevaliers. Etait-elle entre les deux ? Je soupirai et fis un signe négatif de la tête. Non. Je devais faire mes preuves, en tout instant, pour mériter ma place d’écuyère, puis de Chevalier. Si Alrick le Noble avait décidé de me faire confiance, je devais lui prouver qu’il avait raison. Dès le lendemain, je ferai honneur à son nom.

Un bruit de pas s’élevant dans mon dos attira mon attention. Il n’y avait nul ennemi en ces lieux, mais je laissai mes doigts se poser sur la poignée de l’épée que j’avais reçue et qui ornait ma hanche. Et, d’un mouvement souple, je fis volte-face pour voir qui se tenait devant moi.
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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Mer 29 Juin - 14:09

Cette nouvelle écuyer était cependant loin d'être l'unique d'Alrick Le Noble. Le plus grand des seigneurs possédaient déjà cinq écuyers, tous enfants de seigneurs et destiné à régner à leur tour sur ces terres lorsque le moment viendrait. C'est justement parmi eux qu'elle fut placée. Ce petit groupe de six personnes se situait à l'extrémité de la table. Il ne restait plus qu'une place pour l'ange, située entre la troisième et le quatrième écuyer qui justement se regardaient en chiens de faïence, une situation pour le moins inconfortable pour elle tandis que tous deux étaient de mauvaise humeur. Seule sa camarade d'en face, deuxième écuyer la salua vraiment. À l'extrémité de la table, le cinquième écuyer se contentait de la regarder fixer du regard sans oser articuler un moment, tournant rapidement la tête si les yeux de la nouvelle arrivante se posaient sur lui. On peut effectivement dire qu'un certain mal-aise régnait à cet endroit de la table. Le premier et la troisième écuyer parlaient ensemble parfois rejoint par la deuxième ou alors celles-ci esquissait une discussion avec le quatrième écuyer. Dans tous les cas, Nilahiah étaient exclue ; elle ne connaissait rien des noms et de termes qu'ils employaient, reflétant clairement qu'ils ne venaient pas du même monde. Lorsqu'elle essayait de parler à quelqu'un, elle faisait souvent face aux mots évasifs et polis de la deuxième ou troisième écuyer. Il n'y a sans doute pas que pour elle que ce banquet fut long cela-dit. Durant tout le repas, le cinquième écuyer la dévora de ses grands yeux sans oser dire quoique ce soit, esquivant son regard. La nouvelle écuyer ne semblait décidément n'avoir rien à faire dans cet endroit où tout le monde était différent d'elle et où les serviteurs faisaient des détours indécents plutôt que de passer derrière ses ailes. En une série interminable on apporta des plats, puis des plats parfois entrecoupés de fruits ou de digestifs que les serviteurs faisaient passer d'une tablée à l'autre en commençant toujours par celle des seigneurs en un ballet incessant qui ne se termina pas avant qu'il fasse nuit. Alors, une fois que toutes les viandes rouges, les volailles, les butins de chasse, les différentes courges et cucurbitacée ainsi même que quelques fruits de mer furent passés, l'humble seigneur des lieux se leva et après un modeste discours porta un toast à la paix d'Eilífth. Sur ces paroles, la troupe commença à se disperser plus ou moins rapidement, certaines personnes demeurant sur place pour profiter encore un peu plus des festivités, apparemment rares, du château des Humbles. Mal-à-l'aise et perdue parmi ces inconnus que les autres écuyers semblaient connaître, eux, le nouveau membre de l'ordre chevaleureux s’éclipsa discrètement dans la nuit, cherchant sans doute dans la fraicheur obscure la compagnie que ce grand nombre de personnes réunies n'avaient su lui offrir. Néanmoins, une personne s'était rendue compte de son absence, une personne s'inquiétait qu'elle puisse se perdre, d'autant qu'elle ne savait sans doute pas où se trouvait sa chambre.

Sur les créneaux, une présence discrète s'approcha derrière elle, l'observant dans la nuit. Tandis qu'elle faisait volte-face plissant les yeux pour détecter ce que ses yeux non-elfiques ne pouvaient percevoir, son espion se révéla au travers d'une légère lueur qui se dispersa à partir de sa main. La main, près de son visage éclaira ainsi l'identité de cet homme : Alrick Le Noble, son seigneur.

« J'espère ne pas t'avoir effrayé. Pjetur s'inquiétait pour toi, il est venue me demander d'aller te voir. »

Le vent ne faisait pas vaciller cet éclat comme il l'aurait pourtant fait avec du feu. La lumière chaude de sa paume donnait à son visage un chaleureux et surnaturel. Malgré l'éclat proche de son visage, le seigneur elfe paraissaient parfaitement voir l'ange à travers l'obscurité et ses yeux étaient rivés dans les siens.

« Je sais que cela n'a pas dû être agréable pour toi. Comme tous les anges, tu es opposé à cette sorte de distance bienveillante de la part des gens qui ne voit en toi qu'une envoyée d'Aton. Ne t'inquiète pas, ce n'est plus mon cas ; j'ai été élevé une partie de mon enfance dans un monastère ; mon mentor était alors un ange dont j'ai été très proche. »

Cette confession d'un autre temps se ponctua d'un léger soupir, un silence tandis que des souvenirs du passé lui revenait en mémoire. Était-ce une nostalgie face à ce qui était arrivé ? ou alors cette période fut-elle un moment sombre de sa vie ? En Chevalier, il se reprit et continua sur sa lancée :

« Les autres, mes écuyers, tu sais, ils ne sont pas de mauvais garçons. Pjetur justement, en un sens, il te ressemble. Si je l'ai pris avec moi, c'était pour faire taire des rumeurs. Il est issu d'un mariage morganatique ; sa mère était une elfe sylvestre. Il avait alors paru scandaleux pour une partie des chevaliers que le seigneur d'une des terres les plus grandes des AthalsLandith puisse être issu d'un elfe sylvestre. Cette froideur que tu ressens, celle-là a été la sienne durant une grande partie de sa vie, mais en pire car la sienne était emprunte de mépris. »


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Jeu 14 Juil - 16:38


En découvrant le visage de celui qui avait attiré mon attention, je relâchai la pression de mes doigts sur la poignée de l’épée. C’était Alrick le Noble. Mon seigneur. La tension quitta mes épaules qui retombèrent, tandis que je laissais mes yeux plonger dans le chaud regard du Haut-Elfe. La lueur qui s’échappait de sa main éclairait faiblement son visage et j’avais ainsi pu le reconnaître, même dans l’obscurité profonde. Ces iris dorés cherchaient à me rassurer mais ils me troublaient toujours autant. Alors qu’il m’expliquait les raisons de sa venue, Alrick le Noble adoptait une posture droite et digne. Ses oreilles s’élevaient en pointe parmi ses cheveux bruns légèrement bouclés. A la lueur projetée par ses pouvoirs, je pouvais même distinguer le reflet d’une cicatrice barrant sa joue gauche, juste sous l’œil.

Puisque je n’avais toujours pas émit un seul son, le seigneur Elfe poursuivit avec calme. Toutefois, au fil des confidences, je percevais dans son ton les émotions qui agitaient son noble cœur. Alrick avait été proche d’un Ange. Et cette relation semblait avoir changé son existence, à jamais. Pour les Hauts-Elfes, ma race appartenait à celle des dieux. Mais je n’étais pas l’envoyée tombée des bras d’Aton qu’ils pensaient ! S’ils savaient quelle renégate j’étais pour mon peuple, pour les habitants du Dôme, les Hauts-Elfes ne m’auraient jamais accueillie au sein de la Chevalerie. Et quand je voyais la réaction de certains écuyers du seigneur Alrick le Noble à mon égard, j’avais le sentiment que la vérité, connue ou non, ne changerait rien à leur comportement.

J’étais touchée par les confessions de mon seigneur Elfe. Sa confiance se diffusait en moi telle un baume apaisant. Lorsqu’il se mit à me parler de ses écuyers, je me surpris à ressentir de l’envie. J’enviais ces écuyers défendus par le Noble comme des membres de sa famille. J’espérais, moi aussi, qu’un jour Alrick prenne la parole pour parler de moi avec autant de douceur et de ferveur. Je commençais à projeter en lui l’idéal du père que je m’étais inventé. Ou l’ami qu’il m’avait manqué ces dernières décennies. Je laissai mon regard dévier de ce visage empli de chaleur pour errer dans l’obscurité froide et profonde. Le seigneur Elfe me parlait de Pjetur et  de nos ressemblances. Oui, notre situation était bien différente, mais cet écuyer avait dû souffrir au moins autant que moi et je n’étais pas sans compassion. Je pris soudainement conscience que ces grands yeux qui m’avaient fixée pendant le festin avaient cherché à lire en moi nos similitudes, mais avaient certainement fuit l’exact reflet que je projetais tel un miroir. J’avais un peu honte de n’avoir pas su reconnaître en lui l’âme brisée qu’Aton nous demandait de voir en chacun de nos semblables. Je soupirai, laissant l’étau qui comprimait auparavant ma poitrine se briser.


« Vos paroles me touchent, seigneur Alrick.


Mon regard s’était à nouveau posé sur ces iris bienveillants et auréolés de noblesse.


« Toutefois je ne tiens pas à être traitée comme l’Ange que je suis, par vous-même ou par vos écuyers. Je tiens à recevoir les mêmes grâces et défaveurs que les Hauts-Elfes que j’ai choisi de rejoindre. Je suis votre écuyère et vous pouvez disposer de moi. Je sais que votre cœur vous dictera la conduite la plus noble. »


Je baissai les yeux, mon ton s’affaiblissant alors que je voulais plus que tout qu’il maintienne sa fermeté. Devant Alrick, j’avais l’impression de n’être qu’un insecte. Il n’était pas immense. Il n’avait pas une voix effrayante. Mais le seigneur Elfe imposait devant moi son aura et je ne pouvais lutter. Je n’en avais même pas envie.


« Pjetur a de la chance que vous l’ayez pris comme écuyer… Je m’efforcerai de ne pas vous décevoir. »


Comme j’ai déçu mes proches, pensai-je. L’obscurité m’enveloppa de son poids et je pris la décision de laisser là le seigneur Elfe, mais mes pieds semblaient lourdement ancrés sur les pierres des créneaux. Et presque malgré moi, je poursuivis, avec émotion :


« Ce sera également pour moi une chance… de pouvoir servir à vos côtés. »


Cette fois-ci, il fallait absolument que je détourne la conversation ou j’allais laisser échapper des informations sur l’origine de ma venue parmi les Chevaliers. Cachant ma gêne, je me tournai vers les plaines obscurcies qui s’étendaient par-delà le château.


« Je ne cesse de me demander ce qui m’attend au-delà de ces murs. Que vais-je y trouver ? »
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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Ven 22 Juil - 16:09

Nilahiah semblait troublée par les paroles de son seigneur. Le lot de franchise qu'avait déversé celui-ci avait peut-être réussi à traverser les barrières qui s'étaient créées entre elle et le monde extérieur depuis son arrivée. Alrick paraissait soulagé. L'Ange s'ouvrait enfin et révélait ses tourments. Pour qu'il y ait guérison, il faut toujours que le blessé révèle son injure. Sans l'éclat du ciel, le sang ne peut durcir. Pourtant, le grand seigneur ignorait encore la raison de l'arrivée de la jeune ange ici. Bien que personne ne l'ait encore demandé, il ne faisait aucun doute que cette question cruciale se trouvait dans toutes les pensées. Chacune de ses paroles se rapprochait de plus en plus dangereux de ce secret qu'elle ne voulait révéler sous l'oreille attentive et bienveillante du noble chevalier qui lui faisait face, patient et disponible.

« Vous dîtes que Pjetur a eu de la chance de devenir écuyer à mon service mais c'est aussi votre cas. Je VOUS ai choisie comme écuyer et cette décision avait été murement réfléchie. Vous êtes certes plus âgée que la plupart des écuyers qui commencent leur apprentissage mais vous êtes aussi meilleure. À ma mémoire, les fois où on a demandé à des écuyers une tête de sanglier infernal sont infimes et il s'agissait d'écuyer ayant été formés dans les armes depuis leur plus tendre enfance. Ce n'est pas votre cas et pourtant vous les égalez déjà. Vous êtes déjà un chevalier et prétendre le contraire serait une insulte envers moi. Maintenant, relevez la tête et soyez fière de vous-même car vous le méritez. »

Le discours du seigneur avait été direct et implacable. Il la mettait presque au défi de continuer à se lamenter sur son sort. Il louait ses qualités et la présentait dans une image si honorable que seul un chevalier aurait pu peindre un tel portrait. D'ailleurs, sans qu'il n'y fasse attention, la lumière encore présente dans sa main avait pris et grandi en éclat tel qu'il tenait désormais un soleil qui éclairait les environs avec une lueur égale à celle de l'aube. Un chevalier surgit d'ailleurs d'une des tourelles qui entourait le fragment de chemin de ronde où ils étaient, en s'exclamant :

« Noble Seigneur, y a-t-il un problème ? »

Alrick en sembla surpris. Il diminua l'intensité de la nitescence chaleureuse qu'il tenait en sa main. Il rassura rapidement le garde, l'invitant à retourner à ses activités sans soucis. Puis, se tournant à nouveau vers Nilahiah, il lui glissa la lumière chaleureuse dans la paume et il lui conseilla :

« Tu devrais aller rejoindre Pjetur, il t'indiquera ta chambre. Le connaissant, il doit se trouver près des écuries. »

Puis tranquillement, il se détourna en lui souhaitant "bonne nuit" et il partit vers l'endroit d'où il était venu, laissant l'ange à son courage et à ses choix. Il était tard et l'éclat magique que lui avait confié le Seigneur se consumait lentement dans sa main, séparé de son origine.


Les étables était une bâtisse en bois, construite appuyée sur les remparts, près de la porte principale du château. À ce moment de la nuit, alors que le banquet entamé en début de soirée se terminait lentement, les palefreniers étaient soit en train de profiter des restes soit déjà couchés. Pourtant, à l'intérieur du bâtiment, en tendant l'oreille, on aurait cru percevoir les chuchotements d'un personne seule. Ils étaient tellement faibles qu'il fallait se concentrer pour les percevoir dans l'air lourd et de plus en plus frais de l'automne. Ils semblaient se trouver bien profondément, loin dans l'écurie. L'intérieur était assez bien entretenu bien que les planches soient assez usées, un travail d'elfe assurément. Pourtant le grincement de l'une d'elle provoqua la fin du chuchotement, suivi d'un grand choc, comme quelque chose qui tombe. Une voix faible et fragile demanda dans la semi-obscurité :

« Eh oh ? Est-ce qu'il y a quelqu'un ? »

Puis, comme honteuse :

« Vous... vous m'avez entendu, non ? »


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Lun 1 Aoû - 16:14


La voix du noble seigneur s’était élevée, presque dure mais emplie de bienveillance à mon égard. Avec force, il m’expliquait qu’il m’avait choisie et que cela n’était en rien dû au hasard. Sa voix se radoucit presque lorsqu’il évoqua mes capacités naissantes. D’après lui, j’étais au moins aussi douée dans les armes que les Chevaliers qui avaient été formés dès leur plus jeune âge. Son regard me transperçait et ses paroles faisaient vibrer mon cœur, m’apportant le courage dont je manquais pour terrasser ce manque de confiance en moi. Je ne me connaissais pas. Mais lui, Alrick le Noble, semblait parfaitement savoir qui j’étais, ce que je valais. A son ordre, je relevai la tête, les yeux rivés sur ces lèvres fines qui avaient laissé échapper les paroles que j’avais besoin d’entendre. Ce grand seigneur était digne du rang qu’il occupait. Je n’avais aucun doute sur ses capacités à mener de grandes batailles et à accomplir les plus beaux exploits. Son discours m’avait touché. La lumière qui émergeait de sa main s’était accrue et nous enveloppait de telle sorte qu’Alrick était baigné de splendeur. J’aurais pu l’appeler Alrick le Magnifique cette nuit-là. Il rejetait l’obscurité de mes pensées avec tant d’ardeur et de simplicité à la fois, que je le trouvais de cette beauté elfique dont on entendait parler dans les livres.

L’exclamation du Chevalier me fit reprendre mes esprits. Son irruption dans notre discussion avait fait diminuer la vive lumière et mon éclat passionné. Je me concentrai sur l’instant présent, oubliant la troublante assurance du seigneur Alrick. Je relativisais, songeant que j’étais investie d’une mission et que, désormais, j’étais sous les ordres du noble seigneur, et que je ne le décevrai pas. C’était l’occasion de devenir qui je voulais être. Une nouvelle existence, bien que je ne sois pas encore capable de chasser mes anciens démons. Avant que je ne replonge dans l’obscurité de mes souvenirs, Alrick le Noble fit glisser dans la paume de ma main la lumière chaleureuse et étincelante qu’il avait créée. Les dernières paroles qu’il me confia furent un ultime conseil : rejoindre Pjetur. Je remerciai Alrick d’un signe de tête, les yeux encore brillants des mots qu’il avait eu à mon égard. La colère et la peur avaient, pour ce soir au moins, laissé place à une esquisse de paix intérieure. Puisque ma gorge restait sèche et que je ne parvenais pas à briser le silence pour le remercier, le grand seigneur se détourna et disparut dans l’obscurité. Lentement, comme si on lui retirait son éclat grain après grain, la lumière se dissipa.

Avant de rejoindre Pjetur, je me tournai vers la plaine obscure. Elle me semblait moins hostile. Et j’entrevis ce que j’allais trouver par-delà les murs d’enceinte. C’était l’avenir qui m’attendait. J’eus une pensée pour ma mère, demeurée sous le Dôme et un sourire triste naquit sur mes lèvres. J’allais un jour la rendre aussi fière que je l’avais déçue. J’étais décidée à tout faire pour qu’elle entende parler de l’unique Ange Chevalier que notre monde avait en son sein. Déterminée, je me glissai jusqu’aux écuries, forte bâtisse de bois située près de l’entrée du château. De celui-ci me parvenaient les derniers bruits et lumières de la fête qui avait eu lieu. Cependant, c’est vers l’obscure étable que je me dirigeai. C’était là que je devais rencontrer Pjetur. Je pénétrai silencieusement dans le bâtiment fait de vieilles planches. J’avançais pas à pas, n’osant pas rompre la sérénité qui régnait en ces lieux. Les chevaux laissaient échapper des soupirs endormis, et d’autres continuaient de mâcher la paille bruyamment. Mais sur ce paisible bruit de fond, un chuchotement s’élevait. Cherchant à voir d’où il provenait avant de me faire voir, j’avançai d’un pas léger. Malheureusement, une planche grinça sinistrement sous mes pieds. Surprise d’entendre un tel bruit alors que j’étais sans doute l’être le plus léger de cette écurie, je basculai mon appui vers l’arrière et, dans ce mouvement, les plumes de mon aile percutèrent une brosse posée sur la rambarde d’une stalle. Cette étrille fit une lourde chute, faisant résonner un bruit de métal et de bois dans toute la bâtisse. Mon approche silencieuse était fichue.

Je me dissimulai dans l’ombre de la stalle, attendant que le chuchoteur se dévoile. C’est une faible voix, presque chétive, qui s’éleva. Je me penchai pour observer qui en était l’émetteur. Il se tenait dans la semi-obscurité, son corps tendu, aux aguets. Ses cheveux d’ébène laissaient échapper deux oreilles pointues et contrastaient avec sa peau claire. La faible lueur me permit de distinguer ses yeux d’un bleu pâle. C’était bien lui, le cinquième écuyer d’Alrick le Noble, Pjetur Bienveillant. Je me dévoilai alors à ses yeux, sortant de ma piètre cachette. Aussitôt, je me présentai à lui.


« Pardonne-moi, je ne voulais pas te surprendre. »


Ma voix se voulait douce mais je ne pouvais réprimer cette pointe de méfiance qui me caractérisait depuis quelques temps. Je me plaçai sous la lumière, tentant d’émettre un sourire rassurant. Après tout, Alrick m’avait plus ou moins suggéré de faire confiance à Pjetur. Je n’avais rien à craindre de lui. Il pouvait même devenir l’un des seuls à me comprendre. Je décidai alors d’engager la conversation, mon ton se radoucissant réellement, chargé de bienveillance :


« C’est paisible, ici. J’ai davantage connu les écuries comme étant un lieu agité. Même si je dois bien avouer ne pas m’y rendre fréquemment... Les Anges ne montent pas vraiment à cheval sous le Dôme ! Mais qu’est-ce qu’un Chevalier sans sa monture, n’est-ce pas ? J’imagine que vais devoir me remettre en selle...»


Je laissai un soupir amusé m’échapper alors que je me rapprochais de Pjetur, mettant fin à la distance qui nous séparait. J’avais du mal à percer son regard. A savoir ce qu’il pensait.


« Tu sembles apprécier cet endroit, Pjetur. Puis-je te demander pourquoi ? »


Je lui adressai un sourire encourageant, l’invitant à me répondre en toute sincérité. Je voulais lui montrer qu’il n’avait aucune crainte à avoir de moi.


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Mar 30 Aoû - 15:34

Le corps recroquevillé, les muscles figés, en partie caché par l'ombre, Pjetur semblait aussi méfiant que Nilahiah. Néanmoins, dès que ses yeux aperçurent l'ange, son expression changea du tout au tout. Ses yeux plissés de défiance, ses épaules carrés comme pour supporter un assez, ses jambes tendues prêtes à fuir, se défirent soudainement, laissant placer un air un peu perdu sur son visage encore juvénile. Soudainement debout, il se gratta la tête, l'air embarrassé, rougissant légèrement, tandis que celle qui l'avait surpris s'en excusait. Bien qu'il n'osa pas trop la regarder dans les yeux, la tirade sur l'écurie fit lentement remonter son regard vers les environs et plus particulièrement vers la stalle à coté de laquelle il était. Ainsi, les yeux grand ouverts, il avait encore plus l'air égaré qu'auparavant. Cela-dit, le soupir amusé de Nilahiah le fit sursauter comme si elle venait de la prendre par un surprise. Son regard fuit à nouveau, ne finissant par remonter vers elle que lorsqu'elle pose sa question. Il se mit alors à bégayer :

« Je... je rencontrais... je rencontrais des amis... »

Comme s'il venait juste de dire une bêtise, le regard de Pjetur s'enfuie aussitôt, ses joues rougissant à nouveau. Comme un tic profondément ancré, il se gratta à nouveau l'arrière de la tête, l'air gêné. Son regard, discrètement, glissa à nouveau vers l'ange alors qu'il cherchait à voir comment elle réagissait. Visiblement, cela ne lui convainc pas car ses yeux glissèrent à nouveau vers la stalle juste à coté de lui, évitant ceux de son interlocutrice. Après un temps d'absence, il soupira profondément, comme cherchant à prendre du courage, puis il fixa ses iris dans celles de l'ange :

« Je ne mens pas, vous savez... J'ai... j'ai... il semblait révéler un secret difficile à arracher de sa gorge. Depuis toujours, je sais parler aux animaux ! »

Il avait presque crié cette dernière phrase. Le don de parler aux animaux n'était pas exactement un talent particulièrement rare même en AthalsLandith. En fait, les elfes à savoir le faire étaient assez nombreux. Cela-dit, ces pratiquants étaient habituellement des elfes sylvestres plutôt que des hauts elfes. Malgré tout, cette capacité n'avait rien de honteuse. Pour autant, le jeune haut elfe avait révélé ce secret comme s'il s'était agi d'un crime passé particulièrement odieux. Ses yeux étaient même un peu rouge maintenant, un peu mouillé. Pour autant, il continua à parler :

« J'ai toujours eu ce don... Les hauts elfes apprennent plus généralement la magie céleste, la vraie magie... Aucun ange n'a voulu venir chez nous pour m'enseigner... Ils nous évitent depuis q... »

Pjetur ne termina pas sa phrase mais il semblait faire référence un événement douloureux. Ses yeux avaient à présent glissé jusqu'au sol alors qu'il semblait hésité à s'y enterrer vivant. Se rappelant bien vite de où il était et avec qui, il se tourna à nouveau en s'inclinant légèrement, confus :

« Je suis désolé de vous parler de ça ! Vous devez être là pour me demander de vous amener à votre chambre ; je vous y amène tout de suite ! »

Sans perdre davantage de temps, il se précipita vers la sortie, de l'autre coté de Nilahiah. Cependant qu'il s'approchait d'elle, ses yeux s'écarquillèrent en percevant soudain les grands ailes blanches de le dos de l'ange. Sa surprise fut si grande, il glissa sur le sol lisse de bois elfique. Il serait sans doute tomber sans ses excellents réflexes qui le firent sauter sur lui-même et atterrir sur les fesses plutôt que sur le nez. En un mouvement plus inconscient qu'autre chose il avait recommencer à se frotter vigoureusement l'arrière de la tête tandis qu'il s'excusait, les yeux encore élargis par cette vue sur les plumes angéliques à laquelle il n'était pas habituée :

« Je... Je... Je... Je … désolé. Je... j... »

Ponctuant finalement ses paroles inachevée, il baissait les yeux, déférant, en signe de respect et de piété devant cette ange qui le regardait d'au-dessus.


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Jeu 1 Sep - 15:24


Malgré mon sourire bienveillant, je ne pouvais masquer ce haussement de sourcils surpris devant l'air perdu de Pjetur. L'écuyer semblait s'éveiller d'un long sommeil, encore incertain de la distinction entre rêve et réalité. Bien souvent, son regard fuyait le mien, préférant errer sur objets et animaux alentours. Agissait-il ainsi pour se rassurer ? Je n'en savais rien, cependant je pouvais sentir que ce jeune Elfe n'était pas à l'aise. Lorsqu'il s'exprima, sa voix était hésitante, presque enfantine. Il se justifiait comme un petit être que l'on vient de prendre la main dans le sac de friandises. Je tâchai de ne pas lui montrer ma surprise et de maintenir cet air bienveillant à son égard. Le pauvre écuyer possédait tous les tics de gêne : il se grattait la tête pour réfléchir, bégayait, avait un regard fuyant et de plus, il rougissait. J'étais partagée entre l'amusement attendri et l'exaspération impatiente. Les réponses étaient longues à venir et peu satisfaisantes, mais j'avais envie de l'aider à s'exprimer. La seule question qui m'obsédait était de savoir si Pjetur agissait ainsi par timidité ou par crainte de moi.

Les joues plus rouges qu'auparavant, il sembla arracher du fond de ses entrailles un terrible secret. Contenant mon impatience, plissant les yeux pour mieux écouter la confidence, je l'encourageais par la pensée à tout me dévoiler. Et lorsqu'enfin il prononça la vérité, je me sentis déçue. Pjetur parlait aux animaux. Bon. Nombreux étaient les Elfes, Sylvestres en particulier, à posséder cette habileté. De plus, j'accordais une importance tellement minime aux animaux, que la nouvelle ne m'ébranla pas vraiment. Heureusement pour Pjetur, je le trouvais attachant et n'exprimai pas ma déception à haute voix par respect pour lui. Je remarquai alors que l'écuyer s'adressait à moi avec la plus grande des politesses. Je n'étais pourtant pas le seigneur Noble. Mais il avait poursuivi et je tâchai de l'écouter.

Je fronçai les sourcils lorsqu'il aborda la question des anges. Le regard aussitôt ramené au sol, il avait stoppé sa phrase en plein élan, sa voix comme étranglée par une douleur ancienne mais vive. Alors que j'allais l'interroger, le jeune Haut-Elfe sortit de sa torpeur avec énergie. Il annonça qu'il devait me mener jusqu'à ma chambre et s'élança vers l'entrée de l'écurie. Je le regardais faire, surprise de la force qu'il mettait dans cette décision. Cependant, alors qu'il passait près de moi, les yeux de l'écuyer s'agrandirent, comme deux immenses soleils bleus. J'eus à peine le temps d'en contempler la clarté malgré la pénombre, que le jeune Haut-Elfe s'effondra sur le sol. Aussitôt, mon visage se pencha au-dessus de lui, affichant une surprise non contenue. Pjetur bredouillait des excuses, toute son énergie envolée, sa voix presque redevenue juvénile. Il n'osait me regarder. Et ce regard fuyant fut une lame se glissant dans mon estomac, diffusant son mal en tout mon être. Il avait peur de moi. Que savait-il alors ? De mon passé et de mes actes ? Sa crainte de moi me revenait au visage, fouettant mes joues rougissantes. Je me devais d'en savoir davantage. Inspirant, je m'accroupis pour me retrouver à la basse hauteur du Haut-Elfe. Je lui tendis la main, de nouveau encourageante.


« Relève-toi, Pjetur, à moins que ma chambre ne soit dans cette écurie.»


Je m'exprimais d'un ton doux et amusé, même si je sentais la crainte du Haut-Elfe envers moi. Il avait forcément remarqué que mes plumes n'étaient pas aussi éclatantes que celles des autres Anges. Que j'avais commis un crime. Je tâchai de me concentrer pour l'aider à se relever, s'il acceptait ma main. Une fois que je me fus redressée, je ne pus m'empêcher de lui dire d'une seule traite, avec franchise :


« Tu n'as pas à me craindre, Pjetur. Considère-moi comme l'un des tiens, c'est tout ce que j'espère. »


Mes yeux cherchaient les siens, pour y puiser ne serait-ce qu'une once de confiance. J'aspirais à trouver en lui le camarade qui m'avait été retiré lors de cet exil.

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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Mer 21 Sep - 19:43


Dernière édition par Eilífthar Heftharkona le Sam 15 Oct - 10:47, édité 1 fois

L'ange parlait doucement à Pjetur. Cela temporisa un moment sa timidité et il osa alors un regard vers l'ange qui lui tendait désormais la main, amusée. Il osa même une sorte de léger gargouillement qui devait sans doute être un rire mais qu'il n'osa pas prolonger plus d'une seconde. Les yeux de Nilahiah plantés dans les siens devaient avoir récupérer une sorte de pouvoir hypnotique car il n'osait alors plus les quitter malgré le nouveau rougissement qui s'était installé sur ses joues. Il accepta la main qui l'aida à se relever sans pour autant oser faire porter tout son poids sur cette main. Une fois relevé et sans avoir détourné ses iris bleu limpide de la clarté de son âme, il s'excusa en se frottant l'arrière de la tête :

« Excusez-moi de cette réaction qui n'était pas digne d'un futur chevalier. Je... Je dois vous avouer que vous êtes la première ange que je vois de si près. Je ne pensais pas, d'ailleurs, que les êtres sacrés que vous êtes se rapprochaient parfois aussi près des pauvres mortels que nous sommes. »

Pjetur s'était repris et il se dressait désormais en face de l'ange, avec une posture qui trahissait sa noblesse à défaut d'une parfaite confiance en lui-même. Il était d'ailleurs légèrement plus grand que l'ange, preuve s'il y en était du sang de haut elfe qui courrait dans ses veines. Face aux éventuelles oppositions de l'ange au sujet de son rang, il n'osa répondre que par un sourire timide mais qui pourtant brillait de l'éclat soleil de l'après-midi. Il s'agissait d'une acceptation mais aussi, pour Nilahiah, du rang plus élevée des habitants du dôme quel que puisse être la force de sa volonté de se mêler aux autres. Se rappelant de son rôle, il l'invita alors :

« Si vous le souhaitez et comme la nuit et bien avancé, je vais vous conduire à la chambre qui a été attribuée aux écuyers de notre seigneur Le Noble. »

Il lui montra la sortie de l'écurie avant de s'y engager à son tour. Par la suite, tous deux s'engagèrent dans le donjon sous le regard indifférent des gardes qui connaissaient leur position. Les lieux étaient faiblement éclairés et aucune draperie ne cachait au regard des invités les froids murs nus du château Humble. Se rendant compte qu'il la distançait grâce à sa nyctalopie elfique que l'ange ne partageait pas, Pjetur lui tendit galamment le bras, dans le plus pur respect des convenances haut-elfiques. Pendant, il en profita pour instruire l'ange sur la situation environnante qu'elle ne semblait pas connaître :

« Nous sommes actuellement les hôtes du château Humble de Guehors Hógværth L'Humble. C'est le territoire le plus à l'Ouest parmi ceux attribués aux Chevaliers. Les terres Nobles sont davantage à l'est, au milieu des AthalsLandith au bord du lac Hjarta. Nous cheminerons donc avec les Vaillants au début de la route et ils nous hébergerons la nuit prochaine. Je te conseille donc de bien profiter de cette nuit car nous aurons besoin de toute l'énergie nécessaire pour chevaucher demain. »

Il leur fallu bien gravir trois escalier aux marches désagréablement trop hautes pour réussir à parvenir à une porte devant laquelle, Pjetur s'arrêta alors.

« C'est ici la chambre qui nous a été attribuée. Les autres ont peut-être déjà commencé à dormir. Ton lit est juste en face, il est en plume. C'était le lit normalement attribué au premier écuyer mais... »

Pjetur ne finit pas sa phrase, il n'osa pas et cela n'était sans doute pas la peine. Nilahiah était une ange, cela allait de soi qu'ils lui laissent la meilleure place, les lits de plume étant les plus chers et les plus moelleux. Le bon coté était qu'elle ne risquait pas de gêner quiconque avec ses ailes. Pour autant, après ces quelques instants de réflexion, le cinquième écuyer n'avait toujours ouvert la porte. Il avait de nouveau les yeux baissés et les joues rouges. Penaud, il se frottait l'arrière de la tête. Après un moment pour se re-fixer, il finit par relever les yeux vers l'ange et lui dit d'une voix hésitante et fragile :

« Tu... Tu sais... j'ai dit qu'aucune n'a.... ange ne voulait nous enseigner... Tu... Tu voudrais bien m'apprendre la magie céleste ? »



La nuit se déroula sans mal. Il sembla que l'un des écuyers alla se coucher plus tard qu'eux, bien a milieu de la nuit, apparemment Elínór, cependant il ne fit pas trop de bruit.


Le lendemain, une voix douce et légère la réveilla gentiment :

« Le soleil est levée, mademoiselle Nilahiah. Un repas est sûrement en train d'être servi en bas, vous devriez vous dépêcher avant notre départ. »

C'était Ísrún Fidèle qui la réveillait de cette façon si maternelle. L'héritière à la seigneurie fidèle était penchée juste au dessus d'elle avec un sourire agréable. Sur l'autre mur de la chambre qu'elle n'avait pas pu voir la nuit dernière se dressait un très large lit où les cinq autres écuyers semblaient avoir dormi. Si Elínór Honorable et Ariadna Prudente s'étaient déjà éclipsés, Kasperaton Pieux y était encore assis, le visage ensommeillé tandis que Pjetur dormait près de lui. Ísrún Fidèle rajouta avec un doux sourire :

« Ne vous inquiétez pas pour eux, je vais aller les réveiller à leur tour. »


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Dim 2 Oct - 19:04


Un sentiment de bonheur libéra une douce chaleur en moi lorsque l’écuyer accepta ma main tendue et soutint mon regard. Ses yeux avaient une teinte bleue extrêmement profonde. A tel point que je n’écoutai pas tout à fait le début de ses excuses. Je lui fis signe que cela n’avait pas d’importance, mais il est vrai que je ne me comportais pas comme nombre de mes semblables. Les membres de ma race, bien qu’exilés de leurs terres natales, avaient développé, ou conservé, une âme orgueilleuse. Ils ne se mélangeaient que rarement avec les autres races. C’était la voie d’Aton que j’avais suivie au pied de la lettre qui m’avait progressivement fait prendre conscience de ma petitesse. Je restais un Ange. Mais ici, loin des miens, loin du Dôme, je n’étais que l’écuyère du Seigneur Noble. Je relevai le visage vers Pjetur qui s’était redressé. Il me dominait de sa hauteur, et je sentais une certaine noblesse dans sa posture. Je ne répondis rien à sa remarque sur les Anges, et le précédai lorsqu’il m’invita à quitter les écuries.

Une fois sortie du sombre bâtiment, je laissai mes ailes se déployer légèrement, avant de les replier pour pénétrer dans le donjon. La demeure de Guehors l’Humble était toute de sobriété. Les murs nus laissaient s’exprimer la froideur de la pierre. Je laissai par réflexe ma main courir le long de la roche taillée et ce contact me glaça jusqu’aux os, agitant mes ailes d’un frémissement subit. J’avais quelques difficultés à suivre le mouvement de Pjetur. Le Haut-Elfe se déplaçait avec rapidité et avec une certaine grâce dans le noir. Pour ma part, j’avais l’impression que mes ailes frottaient contre les quelques décorations sommaires et pratiques du château, et que ma démarche chancelante valait celle d’un corbeau. Heureusement, l’écuyer m’attendit, le bras tendu vers moi. Dans l’obscurité, j’avais le sentiment d’avoir à mes côtés un tout autre homme que le timide Pjetur que j’avais surpris dans l’écurie. Sa voix s’éleva, résonnant le long des couloirs du donjon, et je crus également qu’elle changeait, bien moins enfantine qu’auparavant.

Parvenus devant la porte de la chambre des écuyers, Pjetur s’arrêta. Il m’expliqua de manière concise où se trouverait mon lit. Un lit de plumes. Il n’acheva pas sa phrase lorsqu’il aborda la raison de ce privilège. Je prenais, dès le premier soir, la couche du premier écuyer d’Alrick le Noble. Et cela uniquement parce que j’étais un Ange. Evidemment, j’étais partagée entre la frustration de ce traitement de faveur racial et l’attention marquée à mon égard. J’avais peur cela ne crée des jalousies entre écuyers. Toutefois, la fatigue l’emporta sur la raison et les sentiments, et je ne me sentis pas de refuser ce lit de plumes. D’autant plus que, d’un aspect pratique, mes ailes seraient libres de tout mouvement cette nuit. J’attendais que Pjetur ouvre la porte, manifestant que je n’étais pas en désaccord avec leur décision. Devant ce silence gênant, je me sentis même obligée d’ajouter :


« C’est un geste que j’apprécie, d’autant plus que la journée à été éprouvante. Mais sous le toit du Seigneur Noble, je ne tiens pas à recevoir de traitement de faveur de votre part. Je suis l’un des écuyers, tout comme vous tous. »


Cela ne sembla pas suffire à Pjetur qui garda le silence. Sa voix redevenue hésitante, chétive, et ses joues rouges, il prit enfin la parole. Je ressentis soudainement une grande fatigue devant ses difficultés à s’exprimer. Je plissai les yeux, la tête penchée sur le côté, attentive à sa parole. Qu’allait-il bien me demander ? Lui qui avait été si avenant et joyeux dans ces sobres couloirs, il était redevenu le chétif écuyer maladroit. Et voilà qu’il me demandait de lui enseigner la magie céleste. Je restai un court temps sans voix, à le regarder. Les enseignements que j’avais reçus me donnaient-ils le droit de lui transmettre un pouvoir si grand ? Et quand bien même cela serait possible, avait-il les prédispositions requises ? J’expirai, envoyant valser ces questionnements. He bien ! Qu’il soit fait selon la volonté d’Aton !


« Pjetur, ce que tu me demandes là est une voie difficile à suivre. Si tu t’en sens capable, alors j’accepte de te former, du moins avec ce que mes connaissances me permettront de t’apprendre. »


J’achevai cette phrase avec un sourire franc qui masquait à merveille mes précédents doutes. J’avais tout le temps de réfléchir à ce que j’allais lui transmettre. Pour l’heure, il fallait dormir, et je sombrai rapidement dans un sommeil profond, dès que mon corps reposa sur le lit de plumes.

Je sursautai lorsque, au petit jour, une voix douce et féminine, qui ne m’était pas familière, m’éveilla. Je me redressai sur la couche, l’air ébahi de trouver en face de moi l’écuyère de la maison Fidèle. Je l’écoutais d’une oreille tandis que mon regard découvrait la chambre autour de moi. Derrière Ísrún se trouvait un immense lit où reposaient les autres écuyers. Cinq Hauts-Elfes avaient dormi dans ce couchage. Heureusement que je m’y étais pas trouvée avec ma paire d’ailes fort encombrante. Je reconnus les cheveux bruns de Pjetur qui dormait encore, alors qu’à ses côtés se trouvait l’héritier de la maison Pieux. Les mèches blondes dévoilaient le tatouage religieux qui ornait son visage. Je décidai de ne pas trainer, mon estomac réclamant son dû. Je me levai, m’étirai tout en déployant mes ailes sous le soleil d’aube, et je quittai la chambrée.

Je rejoignis la salle à manger où des plateaux de fruits, des miches de pain, et toutes sortes de victuailles chargeaient la table principale. Je m’emparai de quoi sustenter mon appétit, et je m’assis près de l’âtre. Ces matinées d’automne étaient fraiches, quoi qu’on en dise. Non loin, je vis le Seigneur Noble en grande conversation avec Guehors l’Humble. Je mordis à pleine dent dans la miche de pain que j’avais soigneusement sélectionnée. La longue chevauchée qui nous attendait ne serait pas de tout repos, et il valait mieux manger à sa faim avant de prendre le départ. Mon regard s’arrêta sur Elínór Honorable et Ariadna Prudente. Ils se tenaient non loin de la table principale. C’est alors que je me souvins des paroles de Pjetur, la veille au soir. Nous allions chevaucher avec les Vaillants qui nous hébergeraient le soir même. Au souvenir d’Hérène la Vaillante, mon estomac se serra. J’étais en train de songer à son regard emprunt de dégoût, ou bien était-ce une profonde méfiance, posé sur moi lors de la cérémonie. Une voix attira mon attention, me faisant me retourner et sortir de ma torpeur angoissée.

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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Sam 15 Oct - 11:47

Déjà au petit déjeuner, la grand salle des Humbles trahissait leur goût pour l'économie des biens. Une seule table était dressée, c'était ensuite aux convives de décider d'où ils allaient se poser pour manger. Et cette table, des prunes, des poires, des pommes, ces cerises, un mauvais vin, des jambons, du mouton séché, du pain, que des denrées locales, rien d'exotique. Pour de nombreux seigneurs, afficher une table si dégarnie en présence d'invités aurait été le summum de la honte. Il n'y avait même pas de troubadours, ce qui aurait été la moindre des distractions. Même les bûches qui avaient été mises pour réchauffer un peu les pièces contre l'hiver arrivant, semblaient avoir été mise de mauvais gré. Encore une fois, le seigneur Humble faisait preuve de sa célèbre austérité militaire. Cela était d'autant plus amusant lorsque l'on connaissait le confort des paysans du coin dont un bon nombre s'était même parmi d'assister aux festivités de la veille, mêlés aux courtisans. Elinór Honorable et Araidna Prudente, déjà levés, discutaient de sujets et d'autres près de la Haute table où ils avaient pris quelques mets. La sixième écuyer noble, elle, rêvassait près du chaleureux âtre de la cheminée. Une voix la tira cependant de ses sombres pensées :

« Permettez-moi de m'excuser si je vous ai été désagréable hier, dame angélique. Tel n'était pas mon intention et j'aurais voulu au contraire vous honorer par une meilleure table que celle-ci. Je suis Kasperaton AtonsLjós Pieux, quatrième enfant de la lignée principale, héritier au titre de Pieux seigneur. »

C'est en effet le quatrième écuyer qui s'approchait de l'ange, vêtu de vrais vêtements de cour qui contrastaient avec la modestie des courtisans humbles. Son expression était assuré et amicale. À coté de lui était Pjetur, vêtu moins richement mais avec quand même une certaine élégance, qui était dépassé d'au moins dix bons centimètres par son voisin. Avant que son interlocutrice ne put rajouter quoi que ce soit, Kasperation continua :

« Pjetur m'a informé que vous ne vous sentiez pas parfaitement à l'aise parmi nous et, en membre de la Pieuse dynastie, je suis venu m'enquérir de ce que je pourrais faire pour être agréable à votre angélique présence. »

Les yeux de ce dévotieux arrivant avait capté le regard que Nilaiah avait précédemment lancé aux deux autres écuyers qui se trouvaient plus loin, maintenant rejoints par Ísrún Fidèle qui devait être descendue en même temps qu'eux. Sans seulement laisser à l'ange le temps d'en placer une, le Pieux héritier rajouta :

« Ce n'est pas la peine de vous en faire pour eux deux. Ils n'ont jamais vraiment été très amicaux de tout façon. Le rejeton Honorable passe même un nombre incalculable de nuits à boire. Vous feriez mieux de ne pas trop vous abaisser à leur présence vulgaire. »

À coté de lui, Pjetur semblait un peu embarrassé de l'attitude de son ami. Ce n'est sans doute pas ce qu'il entendait en lui ayant dit plus tôt d'être plus amical avec Nilaiah. Il avait peut-être le sentiment confus que celle-ci pouvait ne pas apprécier cet inconnu si obséquieux. Il proposa alors, du tac-au-tac, d'une voix pas totalement assurée :

« Kasperaton, Nilaiah est déjà servie, si nous allions nous-même à la table nous servir quelques mets. »

Ce qui lui valut une réponse négative immédiate accompagnée d'un :

« Voyons Pjetur ! Nous n'allons pas laissé notre hôte de marque seule ainsi. Si tu veux aller te chercher à manger, tu peux y aller. De toute façon, leur nourriture à bas prix ne me fait pas le moins du monde envie. Je sens que je vais m'abstenir de prendre cette collation aujourd'hui. »

Pjetur, renonçant alors, se dirigea seul vers la table de nourriture, lançant un regard contrit à Nilaiah.


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Mar 18 Oct - 18:19



Je me tournai vers cette voix chargée d'assurance qui m'adressait son message de paix. J'avais l'impression que mon interlocuteur aux habits colorés de la cour débitait son texte selon un flot de paroles continu, sans que je puisse comprendre la raison de son discours. Derrière les longs cheveux blonds perçaient deux yeux d'un bleu vif et turquoise, et sous l'un d'eux le tatouage religieux que l'on pouvait à peine distinguer en cet instant. Kasperaton AtonsLjós Pieux se tenait devant moi. Et à ses côtés se dressait Pjetur, silencieux et élégant malgré son air d'enfant rêveur. Alors que Kasperaton poursuivait son monologue, je jetai un regard désapprobateur à Pjetur. Je l'aurais acclamé pour sa discrétion ! Mais le moment s'y prêtait mal. Je me sentais bien moins à l'aise que la veille grâce aux paroles de Kasperaton.

J'allais poliment couper court à son oraison, en lui affirmant qu'il pouvait m'être agréable en cessant de considérer mon angélique présence, cependant je n'en eus pas même le temps. L'écuyer aborda un nouveau sujet des plus croustillants. Je décidai donc de ne pas lui tenir rigueur de ses précédents propos, et de tendre une oreille attentive à la suite. Ainsi, il existait de réelles tensions entre les écuyers d'Alrick le Noble. Non pas que les commérages et les médisances soient mes sujets de conversation de prédilection, mais il est toujours utile de savoir avec qui il est possible d'envisager des liens... ou de qui il est préférable de se tenir éloignée. C'est Pjetur qui prit alors la parole, ramenant mon regard vers lui. Son ton mal assuré me déconcertait encore, mais je songeai qu'il avait déjà l'air plus confiant dans ces élégants atours. Lorsque Kasperaton lui renvoya sa proposition en pleine figure d'un ton presque dédaigneux, j'eus de la peine pour le jeune Haut-Elfe. En réponse à son regard contrit, je mordis dans la miche de pain que j'avais récupérée, jetant ainsi un sort à mon repas. Certes, ce déjeûner n'était pas des plus raffinés, mais il faudrait s'en contenter.

J'étais désormais seule avec Kasperaton, au milieu de la grande salle à manger et de ses convives. Je me tournai vers mon pieux interlocuteur, défiant ses yeux d'un bleu vif, et me mis à parler rapidement pour l'empêcher de reprendre le contrôle de la conversation, puisque, de toute évidence, l'écuyer avait tendance à apprécier monologuer.


« Kasperaton, je suis honorée de tes excuses, mais elles ne sont pas nécessaires. Ta présence à mes côtés excuse toute attitude négligeante. Toutefois, je pense que tu peux m'être d'une aide précieuse. Je ne connais pas encore très bien cette sphère de Chevaliers. Que peux-tu m'apprendre de plus sur ces écuyers ? »


Je fis mine de m'interroger et de parcourir la pièce du regard, mais je savais très bien vers qui je voulais tourner les révélations du descendant Pieux.


« Par exemple... que sais-tu de Pjetur ? »


Le Pieux serait certainement ravi de pouvoir aider mon angélique présence. Du moins, je comptais l'orienter vers cette idée.
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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Dim 23 Oct - 14:47

L'arrêtant au milieu d'un monologue, l'ange s'adressa enfin au pieux elfe qui s'était adressé à elle. Mieux encore, cet illustre hôte lui demanda même un faveur bien qu'il s'agisse d'une faveur toute simple. Kasperaton s'empressa alors de renchérir avec un un :

« C'est avec plaisir que je te parlerai des cheva... »

Cependant, Nilahiah reprit la parole avant qu'il commence une nouvelle tirade. Sa question eut le pouvoir de le réduire immédiatement au silence pendant quelques secondes, u véritable exploit en soi. Pendant ces quelques secondes, son regard allait d'elle a lui, de la présence angélique à son ami qui se servait à la table. L'héritier de la Pieuse famille semblait être bloqué par un véritable dilemme. Il proposa alors, d'une voix plus basse et soudainement plus lente :

« Ne serait-ce pas plus simple de lui poser la question en personne ? »

Cette résolution sembla tenir, du moins elle tint quelques autres secondes. Des instants précieux qui lui firent développer davantage sa pensée pour chercher une conclusion plus valable. Après tout, il ne souhaitait pas offenser la personne en face de lui.

« D'un coté, il serait embarrassé par la question. Il se mettrait à bégayer et toute sa réponse risquerait de devenir incompréhensible. Oui, assurément, ce serait un très mauvais moment à passé pour lui. Et puis, il t'a présenté comme une amie ce matin alors il ne doit sans doute rien tenter de te cacher. »

Ce questionnement personnel développé à l'oral amena un soupir à ses lèvres, ainsi qu'une réévaluation de sa réflexion. Fort de ces nouvelles pensées et de cette estimation de la situation, pour satisfaire son estimée interlocutrice, Kasperaton déclara alors, d'une voix qui se rapprochait d'un murmure mais en ayant encore le ton d'une simple conversation :

« C'est une histoire tragique. Les Bienheureux sont une des familles les plus puissantes parmi les chevaliers, de par leur domaine très vaste. Malheureusement, le seigneur s'est épris d'une simple elfe sylvestre de son domaine, une elfe du soleil, une ménestrelle ou une servante, je ne sais plus. Cette décision est assez mal passée avec une partie de la noblesse chevaleresque. Cette réputation salie a eu tendance à affaiblir les positions et l'influence des Bienheureux. On raconte même qu'aucun ange n'a voulu venir à leur cour, ce qui est quand même un comble pour une des familles les plus puissantes des AthalsLandith. Bref, la vie n'a pas été toujours été très agréable pour ce pauvre Pjetur. Durant quelques années, aucun seigneur n'a voulu le prendre en écuyer. C'est finalement notre Noble seigneur qui l'a accepté alors qu'il avait déjà quatre écuyers. Notre Noble seigneur n'a que deux cent cinquante-quatre ans et pourtant déjà six écuyers, c'est un nombre très élevé. Les chevaliers tentent généralement de ne pas avoir plus de trois ou quatre écuyers en même temps, voir même pas plus de deux pour les chevaliers de plus basse classe. »

C'est le moment que le timide Pjetur choisit justement pour revenir avec une assiette de fruits. Kasperaton qui l'avait parfaitement entendu approché avant même qu'il ne soit à portée de la discussion, enchaîna directement avec un très franc :

« Ah Pjetur, nous parlions justement de toi. Rajoutant immédiatement en voyant son expression inquiète : Ne t'inquiète pas, nous ne disions rien de mal. Notre nouvelle arrivante était simplement curieuse au sujet de de détails de ta vie. Enfin maintenant que tu es là, elle pourra s'adresser directement à toi. »

La façon avec laquelle Kasperaton s'était dégagé aussi vite d'un quiproquo qui aurait pu devenir un problème était assez impressionnante. Cette pratique témoignait à coup sûr d'une large expérience des affaires et des discussions de cour. Ce dernier enchaîna directement à l'adresse de l'ange qui lui faisait face :

« Si vous avez d'autres questions sur n'importe qui d'autre, n'hésitez pas à me les poser. Je me ferai un plaisir de vous instruire. Cependant, il ne faut pas trop tarder car l'heure du départ est tout proche, d'autant plus si vous avez des affaires à préparer. »


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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Mer 26 Oct - 21:51


De toute évidence, j'avais vu juste. Le descendant de la Pieuse lignée était emballé par l'idée de me livrer les derniers bruits de la Chevalerie. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que le Haut-Elfe aie des scrupules à me parler de Pjetur. A ses yeux, je vis qu'il n'était non seulement perdu par ma demande, mais troublé. Le silence établi en disait long sur le dilemme qui se posait à lui. Trahir les secrets de son ami ou défier la Grandeur d'un Ange ? Lorsqu'enfin il se tourna vers moi, ce fut pour me proposer de poser la question à Pjetur en personne. Allons ! Si je le lui demandais à lui, Kasperaton, c'était bien parce que je n'avais nulle envie de me risquer à engager ce sujet avec Pjetur. Cela pouvait être blessant pour l'écuyer, et je ne voulais pour rien au monde détourner de moi l'une des rares personnes qui aient fait preuve de bienveillance à mon égard. Je ne sais si mon regard l'encouragea ou lui annonça un mécontentement, Kasperaton poursuivit à mon plus grand plaisir.

Je fus assez déconcertée de la facilité avec laquelle le Pieux décrivait la timidité de Pjetur. Son ton, heureusement, était plus chaleureux que ses paroles qui traduisaient la vérité sans fard. Ce qui acheva de me surprendre fut le nom d'"amie" qu'il me prêta. Alors c'était ainsi que Pjetur me percevait ? Comme une amie... J'eus un instant de la peine et me sentis indigne d'un tel titre. J'enquêtais sur lui, méfiante, ne sachant si je devais lui accorder ma confiance, alors qu'il me l'avait donnée sans réfléchir.

Je dus abandonner ces scrupules pour me concentrer sur les paroles de Kasperaton qui poursuivait maintenant à voix basse, presque un murmure. Les informations quittaient sa bouche dans un flot rapide. Il m'expliqua les conditions de la mise au monde de Pjetur. Effectivement, pour une famille aussi réputée, la nouvelle avait dû amoindrir leur influence auprès des autres Chevaliers. Ce genre d'union pouvait ruiner toute une lignée et ses descendants. On en avait parfois vent, au Dôme, mais cela faisait partie de nos faits-divers. Je m'intéressais peu à la politique des Elfes jusqu'à ces dernières années. L'histoire de Pjetur faisait étrangement écho à mon propre passé. Je n'avais pas connu mon géniteur. Y avait-il eu de l'amour entre lui et ma mère, à la manière des parents de Pjetur ? Kasperaton profita de l'occasion pour évoquer la générosité et la noblesse de coeur de notre Seigneur. Alrick avait déjà six écuyers et, apparemment, c'était chose rare et je m'en sentis flattée.

Pjetur nous avait alors rejoint, une assiette de fruits à la main. Kasperaton effectua avec brio une transition pour l'inclure à notre conversation. Lorsqu'il avait commencé sa phrase, je m'étais inquiétée devant l'air de Pjetur. Sa réaction pouvait être tout sauf positive. Toutefois, le Pieux écuyer, par une pirouette langagière dont j'admirai un temps la qualité, se dégagea de tout malentendu. Ce ne fut pas sans me laisser face à Pjetur, totalement désemparée. Kasperaton poursuivit par des politesses afin de clore le sujet. Je le remerciai intérieurement de ne pas s'être éclipsé à cet instant car je n'aurais pas su quoi dire au jeune Elfe brun. N'osant pas relever de suite les yeux vers celui qui m'avait appelée son "amie", je répondis à Kasperaton :


« Tu as raison, Kasperaton. Nous devrions nous hâter car il nous reste encore les montures à préparer. »


Je tournai alors un visage souriant vers Pjetur pour lui dire, tout en prenant dans son assiette l'un des fruits secs :


« Mangeons en route, Pjetur. Je vais t'aider à mettre fin à cette assiette ! Ne tardons pas, je ne tiens pas à être la dernière en selle. »


Je pris la direction de l'une des pièces de la demeure de la lignée Humble où j'avais laissé mes quelques affaires. Retrouvant ainsi épée et armure, je fis un paquetage de quelques restes de nourriture et d'une outre d'eau. Je n'aimais pas afficher mes besoins terrestres, aussi j'eus rapidement fait le tour de ces nécessités. Je me rendis alors aux écuries, d'un pas pressé, pour y rencontrer ma monture. J'espérais du plus profond de moi-même que Pjetur, Kasperaton ou Ísrún se trouve déjà là. Malgré mon instruction à la monte, ces souvenirs étaient bien lointains et j'allais avoir besoin de quelques rappels. L'agitation battait son comble dans le bâtiment de bois. J'y pénétrai d'un pas peu assuré, mes ailes parfaitement repliées, mais je tentai d'y mettre toute ma détermination. Qu'est un Chevalier sans sa monture ? J'interpelai un des Elfes qui tenait une série de brides à la main.


« Dis-moi, où se trouve ma monture ? Je suis la dernière écuyère d'Alrick le Noble. »


Le Haut-Elfe semblait parfaitement savoir qui j'étais, mais je trouvais rassurant de rappeler quel était mon simple rang parmi ces écuyers.
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Re: [Automne 4601] : L'Ange et l'oiseau
posté le Ven 28 Oct - 16:42

L'écurie était très clairement sur le départ. Des palefreniers s'agitaient tandis que des chevaliers entraient et ressortaient avec leur monture, rendant la circulation difficile. Dans toute cette foule, l'ange et ses ailes ressortaient assez peu du lot malgré la place qu'ils prenaient. Cependant celle-ci était perdue. L'elfe à qui elle s'adresse pour trouver sa monture lui fit signe qu'il n'en avait aucune idée mais lui indiqua malgré tout un coin de l'écurie où se trouvaient les montures appartenant à la maison noble. C'était justement là-bas que la nouvelle écuyer avait aperçu Pjetur la veille. C'est d'ailleurs aussi logiquement qu'elle tomba sur lui, tandis qu'il sortait de l'écurie, suivi d'une colossale monture à la robe si immaculée qu'elle brillait légèrement. Dès que celui-ci la vit, il se dirigea immédiatement vers elle pour lui dire :

« Justement, je comptais partir à ta recherche. Notre seigneur n'a pas emmené de destrier supplémentaire en venant au château humble. Par conséquent, nous avons demandé au seigneur Humble de nous prêter l'une de ses juments pour te permettre de voyager en chevauchant. Cependant, les destriers coûtent cher et le seigneur Humble n'en avait aucun à prêter. Il a cependant pu partager avec nous un palefroi baie. Enfin... un palefroi est un cheval plus commun... la véritable monture d'un chevalier est un destrier. J'ai vu le palefroi en question et il est très docile et agréable. Cependant, si vraiment, tu n'en veux pas... peut-être que Luce se fera un plaisir de te poter durant le voyage... »

À ces mots, le blanc destrier qui le suivait sembla adresser un regard noir à l'ange et donna un coup de museau contre l'épaule de Pjetur, un coup assez violent qui le déséquilibra quelques secondes. Le cinquième écuyer reprit la parole d'une voix gêné :

« Enfin Luce n'aime pas vraiment les étrangers. Elle est parfois assez violente. »

Ces mots valurent un nouveau coup de museau de la part du destrier. Celui-ci, assez faché, poussa même le pauvre écuyer pour passer et se dirigea d'elle-même vers l’extérieur, non pas sans avoir fouetter son maître avec les longs poils de sa queue. Cela sembla mettre encore plus mal-à-l'aise l'amoureux des animaux qui faisait face à Nilahiah. Il articula très rapidement :

« Je vais plutôt te montrer le palefroi... »



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